À Genève, j’ai assisté à une représentation de l’opéra « Faust », de Charles Gounod (encore à l’affiche jusqu’au 18 février !).

Les voix étaient excellentes, notamment une jeune Marguerite (Ruzan Mantashyan) loin des clichés castafioresques !

Et la mise en scène, sans être audacieuse, était astucieuse et plaisante. Une trouvaille m’a particulièrement enthousiasmée : dans l’histoire, Faust pour séduire Marguerite lui dépose un écrin de bijoux ; sans témoin, elle s’en pare et s’admire ainsi : « je ris de me voir si belle… ». Dans la mise en scène de Georges Lavaudant, c’est un énorme paquet-cadeau qui est glissé sur scène, il s’ouvre comme une armoire, et une robe extraordinaire, cousue de morceaux de miroirs, est offerte à la jeune fille. Les éclats de miroirs reflètent les projecteurs en tous sens, l’image est saisissante. Et me voilà, spectatrice, englobée dans ces effets de lumière.

Marguerite se laisse prendre au piège des miroirs, du miroir qui, comme tout « selfie », la renvoie à elle-même. L’image de cette robe est forte. Cette jeune fille devient miroir, miroir d’elle-même, de ses côtés lumineux et de ses côtés plus sombres. En fait, c’est par l’image d’elle-même reflétée à l’envi que Marguerite est séduite plutôt que par son prétendant.

Ce piège est aussi le mien, bien sûr, de me laisser prendre à l’image que j’ai de moi, de rester centrée sur moi et mes propres reflets.

À moins que j’accepte, un peu comme j’ai été captée par la lumière des éclats de miroir de Marguerite, de me laisser envelopper d’une lumière qui vient d’ailleurs, qui donne ses vraies dimensions à l’être que je suis. La lumière de Dieu, qui brille des mille reflets renvoyés par tous ceux et celles que je rencontre, me permet de me voir à ma juste place et dans mes vraies dimensions. Places et dimensions que Dieu m’offre avec la vie ! Ah, je ris !

Sophie Mermod-Gilliéron, pasteur