Courage, lève-toi !

Culte du 12 mars 2017 au Temple – Prédication de Christian Mairhofer

Marc : 46 à 52

Version imprimable de la prédication

Une personne assise au bord d’une route en train de mendier…

Ce tableau semble intemporel et il nous rejoint dans notre aujourd’hui… Lors de notre formation diaconale, j’ai travaillé ce récit, ou plutôt je devrais dire « il m’a travaillé… » et continue de me travailler…

Pour autant, il ne nous donne pas de recette – ce serait si facile – pour aborder les diverses précarités, mais il nous offre – c’est ma perspective de lecture – des éléments pour nourrir notre réflexion et inspirer notre action diaconale en tant que croyant et en Eglise.

Je désire partager avec vous 6 temps de sa dynamique diaconale.

6 temps pour ouvrir et nourrir la réflexion et l’action…

J’ai conscience que chacun de ses 6 temps mériterait d’être développé… J’espère pour autant que ce tableau brossé à grands traits vous inspirera pour poursuivre le partage…

Dernière remarque en préambule : je présente ces 6 temps dans l’ordre chronologique du récit. Mais ces temps ne sont bien sur pas figés… ils font partie d’une dynamique et d’un mouvement ou il y a des allers-retours, des dépassements, des arrêts, de nouveaux départs…

1) Temps de l‘éveil

« Un aveugle appelé Bartimée est assis au bord du chemin, c’est un mendiant… il se met à crier … »

Des personnes vivent à la marge de la société et elles appellent à l’aide et il est facile de faire comme si elles n’existaient pas. C’est ce que l’on appelle le déni de la réalité ! Déni que l’on perçoit facilement chez les autres… Par exemple, dans ces pays qui nient encore aujourd’hui la réalité du SIDA chez eux… Mais nous avons tous nos angles morts…

Toute action diaconale commence par l’éveil aux cris des Bartimée d’aujourd’hui. C’est un premier pas qui ne présume pour autant pas de la manière dont nous choisirons de répondre à ces cris. Un premier pas indispensable, car comment rencontrer Bartimée si nous ne reconnaissons pas son existence ?

Je souligne en passant que c’est l’un des seuls récits de guérison des Evangiles où le bénéficiaire est nommé. Ainsi ce n’est pas d’abord un mendiant qui crie, c’est Bartimée ! A la Roulotte nous nous efforçons d’accueillir des hommes et des femmes à travers qui ils sont et pas d’abord à travers une étiquette de mendiants ou autre…

2) Temps de l’accueil

« … ses disciples… avec une grande foule. Beaucoup de gens lui font des reproches et lui disent « Tais-toi ! »

Les disciples et une grande foule, c’est comparable à l’Eglise et à la société…

Taisez-vous ! Laissez-nous! Allez-vous en ! Retournez chez vous!

Par rapport à cette injonction de se taire adressée à tous les Bartimée qui crient, j’ai pensé à ce texte bien connu du pasteur protestant allemand Martin Niemöller qui sera interné au camp de concentration de Dachau :

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates,
je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher,

il ne restait plus personne pour protester. »

Laisser les Bartimée appeler à l’aide c’est se souvenir qu’un jour ou l’autre nous pourrions tous nous retrouver au bord du chemin à crier de l’aide. Leurs cris ne sont pas des bruits parasites à supprimer, mais des appels pour manifester notre commune humanité.

3) Temps de la mise en mouvement

« Jésus s’arrête et dit « Appelez-le. » Les gens appellent l’aveugle… »

Dans la lignée du Dieu du Ps 146 qui se soucie de ceux qui vivent une situation de détresse, Jésus se soucie de Bartimée et de tous les Bartimée de notre monde.

Comme le dit ce beau texte de Sainte Thérèse d’Avila :

« Le Christ n’a pas d’autre corps sur terre que le vôtre, ni d’autres mains que les vôtres, ni d’autres pieds que les vôtres. C’est par vos yeux que la compassion du Christ pour le monde ; par vos pieds qu’il s’en va faire le bien ; par vos mains qu’il va bénir aujourd’hui l’humanité.»

4) Temps de l’espérance

«Courage ! Lève-toi, il t’appelle ! »

Accueillir et s’engager envers des personnes en situation de fragilités, c’est éprouvant et c’est parfois décourageant. Les situations sont bloquées et les rechutes une réalité…

Et cette réalité n’est pas très différente si je regarde ma propre vie et mes propres ombres ! Parfois je désespère de moi !

Face à toutes nos désespérances, il y a cette parole… « Courage ! Lève-toi, il t’appelle ! »

Derrière cette parole le chrétien peut discerner l’espérance de la résurrection. Le verbe « se lever » est en effet l’un des deux verbes principaux utilisés dans le NT pour dire la résurrection.

Confesser la résurrection du Christ, c’est oser croire que la vie sera tôt ou tard plus forte que la mort. Parce qu’une brèche a été ouverte dans le tombeau de la désespérance, nous pouvons traverser les échecs et les immobilismes dans l’espérance que le dernier mot de l’histoire a déjà été prononcé par la résurrection du Christ.

Que de témoignages de personnes sorties du gouffre parce qu’un frère ou une soeur en humanité à simplement oser espérer en lui ! Un regard d’espérance qui fait advenir une vie nouvelle !

Petit clin d’oeil encourageant pour l’Eglise et la société dans ce temps… Au début, ils apparaissent comme hostiles aux cris de Bartimée et là, ils sont comme entrés dans l’espérance, car c’est eux qui prononce cette parole  « Courage, lève-toi, il t’appelle ! »

Ils se sont comme convertis à la compassion du Seigneur pour Bartimée !!!


5) Temps de la responsabilisation

« Jésus lui demande : « Qu’est-ce que tu veux ?

Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? »

Jésus ne présume pas ici ce dont Bartimée a besoin. Il l’invite plutôt à formuler sa demande, à exprimer et à clarifier lui-même son désir. Il lui permet ainsi de devenir acteur de sa propre transformation.

Quand quelqu’un vient à la Roulotte il est très tentant d’avoir très rapidement à l’esprit des actions qui permettraient à cette personne, selon nous, de se sortir de ses difficultés, et ceci alors qu’elle n’a peut-être même pas exprimé de demande particulière !

Il est si facile d’être un expert en Yaka !!!

Pourtant un projet thérapeutique aura d’autant plus de chance d’aboutir s’il se construit d’abord en intégrant du début à la fin les désirs de celui qui est en souffrance !

Ceci dit, aider une personne à clarifier sa demande ce n’est pas pour autant nous contraindre à y répondre de la manière attendue. Comme l’on dit « Une demande n’est pas une commande ! ». Nous ne donnons ainsi pas d’argent en liquide à la Roulotte, mais nous pouvons aider, par exemple, en offrant un bon pour une nuitée à la Lucarne – l’accueil de nuit d’Yverdon – ou des habits…

« Que pouvons-nous faire pour vous ? » une simple question qui ouvre un espace de liberté à travers lequel tout peut advenir !

6) Temps de l’autonomisation

« Va ! Ta foi t’a sauvé ! »

Ici Jésus a répondu à la demande de Bartimée. Mais une fois l’aide accordée il le renvoie en lui disant « Va ». Il ne se l’attache pas. Bartimée est libre de poursuivre sa vie comme il l’entend…

Certes, la fin du texte nous apprend qu’il choisira de suivre Jésus sur le chemin, mais d’autres chemins étaient ouvert à lui.

L’horizon de toute aide diaconale est ainsi de permettre aux bénéficiaires de voler de leur propres ailes, de retrouver leur liberté pour pouvoir à nouveau choisir leur chemin de vie. C’est un horizon ultime qui aide à tenir sur la durée quand rien ne semble bouger !

Pour conclure…

Un éveil, un accueil, une mise en mouvement, une espérance, une responsabilisation, une autonomisation…

6 temps pour entrer en écho avec nos dynamiques d’actions diaconales collectives et personnelles. Bonne route à vous tous sur ce chemin !