Culte du 19 novembre 2017 au Temple

Prédication de Sophie Mermod-Gilliéron

Version imprimable des textes et de la prédication

Textes :

Livre du prophète Esaïe, chapitre 65

17En effet, je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle. Personne ne se souviendra plus du passé, on n’y pensera plus du tout. 18Débordez de joie, réjouissez-vous sans cesse à cause de ce que je vais créer. De Jérusalem, je vais faire une ville remplie de joie, et de ses habitants un peuple débordant de joie. 19Je me réjouirai à cause de Jérusalem, je déborderai de joie à cause de mon peuple. On n’entendra plus de pleurs ni d’appels au secours.
23Ils ne se fatigueront plus pour rien, ils ne mettront plus des enfants au monde pour les voir mourir. Car ils forment la famille de ceux que je bénis, eux et leurs enfants. 24Avant qu’ils m’appellent, moi, je leur répondrai. Ils n’auront pas fini de parler, je les aurai déjà entendus. 25Le loup et l’agneau mangeront ensemble, le lion mangera de l’herbe sèche comme le bœuf. Le serpent se nourrira de poussière. Il n’y aura plus ni mal ni violence sur toute ma montagne sainte. C’est moi, le SEIGNEUR, qui le dis. »

Béni soit Dieu, maintenant et toujours.

 

Première lettre de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens, chapitre 5

1Frères et sœurs, au sujet de la date et du moment où le Seigneur viendra, vous n’avez pas besoin qu’on vous écrive. 2Vous le savez très bien vous-mêmes, le jour du Seigneur arrivera comme un voleur dans la nuit. 3Quand les gens diront : « Quelle paix ! Quelle sécurité ! », alors tout à coup, ce sera la catastrophe. Elle tombera sur eux comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront pas y échapper. 4Mais vous, frères et sœurs, vous n’êtes pas dans la nuit, et ce jour-là ne peut pas vous surprendre comme un voleur. 5En effet, tous, vous appartenez à la lumière, vous appartenez au jour. Nous ne vivons pas dans la nuit, nous ne vivons pas dans l’obscurité. 6Ne dormons pas comme les autres, mais restons éveillés et soyons sobres.

Gloire à toi, Seigneur.

 

Evangile de Jésus Christ selon Matthieu, au chapitre 25

14« Le Royaume des cieux ressemble à ceci : Un homme part en voyage. Il appelle ses serviteurs et leur confie ses richesses. 15Il donne à chacun selon ce qu’il peut faire. Il donne à l’un 500 pièces d’or, à un autre 200, à un troisième 100, et il part.

16Le serviteur qui a reçu les 500 pièces d’or s’en va tout de suite faire du commerce avec cet argent et il gagne encore 500 pièces d’or. 17Celui qui a reçu les 200 pièces d’or fait la même chose et il gagne encore 200 pièces d’or. 18Mais celui qui a reçu les 100 pièces d’or s’en va faire un trou dans la terre et il cache l’argent de son maître. 19« Longtemps après, le maître de ces serviteurs revient. Il leur demande ce qu’ils ont fait avec son argent. 20Le serviteur qui a reçu les 500 pièces d’or s’approche et il présente encore 500 pièces d’or en disant : “Maître, tu m’as confié 500 pièces d’or. Voici encore 500 pièces d’or que j’ai gagnées.”

21Son maître lui dit : “C’est bien. Tu es un serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle pour une petite chose, je vais donc te confier beaucoup de choses. Viens et réjouis-toi avec moi.”

22Le serviteur qui a reçu les 200 pièces d’or s’approche et il dit : “Maître, tu m’as confié 200 pièces d’or. Voici encore 200 pièces d’or que j’ai gagnées.”

23Son maître lui dit : “C’est bien. Tu es un serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle pour une petite chose, je vais donc te confier beaucoup de choses. Viens et réjouis-toi avec moi.”

24Enfin, celui qui a reçu les 100 pièces d’or s’approche et il dit : “Maître, je le savais : tu es un homme dur. Tu récoltes ce que tu n’as pas semé, tu ramasses ce que tu n’as pas planté. 25J’ai eu peur et je suis allé cacher tes pièces d’or dans la terre. Les voici ! Tu as ton argent.”

26Son maître lui répond : “Tu es un serviteur mauvais et paresseux ! Tu le savais : je récolte ce que je n’ai pas semé, je ramasse ce que je n’ai pas planté. 27Donc tu devais mettre mon argent à la banque. De cette façon, à mon retour, je pouvais reprendre l’argent avec les intérêts ! 28Enlevez-lui donc les 100 pièces d’or. Donnez-les à celui qui a 1 000 pièces d’or. 29Oui, celui qui a quelque chose, on lui donnera encore plus et il aura beaucoup plus. Mais celui qui n’a rien, on lui enlèvera même le peu de chose qu’il a ! 30Et ce serviteur inutile, jetez-le dehors dans la nuit. Là, il pleurera et il grincera des dents.”  »

Louange à toi, ô Christ.


Prédication

« Ah non ! Encore une parabole insupportable ! »

« Qu’est-ce que c’est que ce patron injuste ?! »

Voilà les premières réactions lorsque nous avons lu cette histoire avec les participants à la « soupe biblique ».

Et c’est vrai qu’à première lecture, c’est une histoire qui nous dérange, comme celle dite des mauvais vignerons, que nous avons lue il y a quelques semaines, celle des ouvriers de la dernière heure, ou celle des dix jeunes filles.

Et c’est vrai, si on lit cette parabole de Jésus comme une leçon d’éthique commerciale, c’est difficile. Un rendement de 100%, faut déjà boursicoter passablement…

Et aussi, si on la lit comme une image de ce que Dieu attend de nous au jour le jour : où est le Dieu de pardon et d’amour dans ce maître qui déclasse et rejette le serviteur qui a peur de lui ?

D’accord. Ce n’est pas une histoire qui passe à première lecture.

Mais si on replaçait ce récit dans son environnement. Lequel environnement fait d’ailleurs que nous la lisons aujourd’hui, lors du culte de l’avant-dernier dimanche de l’année ecclésiastique, où il est coutume de lire des textes qui parlent de la fin des temps, des promesses face à la mort, de l’avenir en Dieu. Ce que nous avons entendu dans les deux autres lectures aussi.

Donc voilà : au début du chapitre 24, les disciples de Jésus lui demandent : dis-nous quand ce sera, la fin des temps. Et Jésus, répond d’abord en parlant de tous les signes traditionnels (guerres et catastrophes), pour dire finalement que ce ne sont pas des indicateurs fiables, et que seul Dieu sait quand sera la fin des temps, et que même lui, Jésus, ne peut pas le savoir.

Ensuite, Jésus enchaîne sur une série de parabole, dont celle des dix jeunes filles, justement, qui doivent attendre que le maître soit là et y être prêtes, et dont, finalement, la grande histoire des chèvres et des moutons jugés selon leur attention aux plus petits.

Ce sont donc des paraboles introduites par cette phrase de Jésus : « le Royaume des cieux est semblable à ceci ».

Notre histoire de talents ou de pièces d’or est une parabole qui dit quelque chose du Royaume de Dieu. Et pas un cours d’économie.

En fait, on devrait, comme le faisait Jean de La Fontaine dans ses fables, la raconter avec des animaux ; on pourrait écrire « le lion remet ses biens précieux à la gazelle, au mouton et au singe », on aurait tout de suite moins tendance à essayer de la calquer telle quelle sur notre réalité.

Le Royaume n’est pas semblable à un élément de la parabole, mais c’est l’ensemble de l’histoire qui dit quelque chose du Royaume.

Alors reprenons tout ça.

Un maître sur le départ confie quelque chose à ses serviteurs. Le texte grec parle de talents (5 talents, 2 talents et 1 talent), on ne sait pas très bien ce que cela représente, si ce n’est que c’est énorme (la traduction Parole de Vie parle de 500, 200 et 100 pièces d’or pour qu’on ait cette impression de grosse somme). Que les serviteurs reçoivent cinq parts, deux ou une, c’est de toute manière quelque chose de grand, de très grand.

Au passage, c’est de ce mot grec « talent », et de l’interprétation médiévale de cette parabole que vient notre mot « talent », capacité intellectuelle, artistique ou autre. On lisait donc cette parabole comme une leçon sur le fait de mettre en œuvre les dons, les talents que Dieu nous donne à chacun. C’est une lecture possible, qui a encore cours aujourd’hui, mais qui considère notre récit comme une histoire morale et pas comme une parabole du Royaume. N’en restons pas là.

Donc le maître remet son trésor à trois serviteurs.

Les deux premiers serviteurs doublent le capital qu’ils ont reçu, en se mettant rapidement au travail.

Le troisième s’éloigne pour creuser un trou dans la terre.

Le maître revient, longtemps après, dit le texte, mais très vite dans les mots, puisque c’est la phrase suivante. Ils agissent et le maître est là. Et il s’entretient avec eux.

Il ne semble pas qu’il veuille récupérer ses dépôts. .

D’ailleurs, les deux premiers ne disent pas rapporter la somme reçue, mais ils en présentent les fruits. Tous deux sont nommés bons et fidèles, et invités à se réjouir avec leur maître, à entrer dans sa joie.

Le Royaume de Dieu, à venir, promis, et déjà présent en Jésus Christ et par l’Esprit, c’est cette relation, entre le maître et ses serviteurs. Le maître fait confiance, il part sans hésitation, il laisse son trésor. Et ce trésor se multiplie, le constat amène à la joie.

Et si le maître a remis à chacun selon ses capacités, il note aussi que la capacité de ses serviteurs est bien plus grande qu’on ne le pense, puisqu’il désigne les sommes remises à son départ comme de « petites choses », et il promet ses serviteurs à de « grandes choses ».

Le Royaume de Dieu, c’est cette relation de confiance entre Dieu et ceux qui vivent de son trésor, et qui font vivre son trésor.

On peut essayer de définir ce trésor.

On peut parler de la foi en Jésus Christ, de la Parole de Dieu, des dons de l’Esprit. Mais cela n’épuise pas la richesse de ce trésor. Ce trésor, c’est tout ce qui permet que nous soyons acceptés par Dieu comme vis-à-vis, comme ses enfants, et c’est tout ce qui permet que nous soyons porteurs de sa vie, relais de sa confiance. Ce trésor, c’est l’ensemble de ce que Dieu fait pour chacun de nous, et pour nous tous, Eglise du Christ, c’est l’ensemble de ce qu’il fait avec nous, l’ensemble de ce que nous pouvons faire pour lui et avec lui. C’est tout cela qui constitue le Royaume des cieux, qui s’est approché en Jésus Christ, le Royaume promis et déjà à l’œuvre dans les cœurs. La joie de Dieu.

Le maître, dans la parabole, ne reprend pas son bien aux serviteurs. Il s’enquiert de leurs affaires, les deux premiers lui en montrent le résultat. Mais le tout reste de leur responsabilité (ce que l’on constate quand le maître dit de donner les 100 pièces (ou le talent) à celui qui en a dix (ou 1000 pièces). Lorsque le maître est de retour, le trésor reste entre les mains des serviteurs, le Royaume se fait encore plus proche, mais il reste relation, relation « enrichissante » pourrait-on dire, relation de joie entre les serviteurs et le maître.

Et alors ce troisième serviteur. Qu’est-ce qui ne va pas avec lui ?

Le troisième serviteur a peur. La confiance qui lui est faite l’écrase. Il ne se sent pas à la hauteur du trésor qui lui est remis. Il se justifiera en parlant des exigences du maître. Et il dira du trésor déterré qu’il rapportera : « Tiens, tu as ton bien ». C’est donc que, lui il en reste au faire. Pas au vivre. Vivre la confiance de Dieu permet de la multiplier ! Se confiner dans la peur anéantit la confiance.

Il n’a pas compris, pas pu comprendre, que le trésor est pour lui, que le trésor est donné, qu’il est lien, que lui, le serviteur, devient comme une part du maître. Il en reste à l’avoir. Le trésor est au maître. Point.

Et que fait-il ? Il creuse. Il enterre. Il considère le trésor comme un poids mort. Il lui fait une tombe. Bien fermée. Surtout que cela ne bouge pas, que cela ne vive pas. Il tue la relation à Dieu.

Et quand le maître revient, il sait juste ressortir le trésor de la tombe pour le rapporter. Je n’en voulais pas, je n’en veux toujours pas, le voilà en retour.

Il s’est mis totalement hors de l’histoire. Il a refusé en bloc la confiance, la relation. Il est dehors. Ailleurs. Hors du lien avec Dieu qu’il ne considère que dans sa rigueur. Si, dans l’histoire, c’est le maître qui édicte la sentence : « jetez-le dehors », en fait, ce troisième serviteur s’est mis dehors tout seul.

Si l’évangéliste Jean avait rapporté cette parabole, il aurait probablement désigné ce troisième serviteur comme le tenant de la tradition, Pharisien ou maître de la loi, qui reçoit le trésor comme une règle, une loi, comme quelqu’un pour qui Dieu ne peut pas sortir lui-même du règlement, quelqu’un qui de plus ne supporte guère que Dieu – ou Jésus Christ – accepte autour de lui des gens qui ne sont pas dans la droite ligne de la loi et du peuple élu, quelqu’un qui ne supporte pas que le maître récolte où il n’a pas semé, que Dieu ouvre son alliance à d’autres peuples… 

Nous sommes invités à vivre le Royaume de Dieu, à venir, proche, et déjà là en même temps. Nous sommes invités à vivre le trésor. A accepter la confiance que Dieu nous fait, la confiance avec laquelle il nous offre d’être en joie avec lui, reliés, porteurs de sa présence.

Et lorsque nous trouvons que cette confiance est trop lourde, les jours où nous avons envie de baisser les bras, d’enterrer bien profond tout ce qui nous questionne et nous bouscule, parce qu’accepter le trésor et le faire vivre et multiplier, ce n’est jamais de tout repos, souvenons-nous que nous avons du temps, que le maître de l’histoire revient « longtemps après ». Nous avons le droit de souffler, de prendre le temps de considérer son trésor, d’y aller par petites touches, et même de le déterrer si nous l’avons enterré ! – nous ne sommes pas tous des serviteurs de choc capables de tout faire « tout de suite ». Et… le maître a confié à chacun selon ses capacités.

Jésus nous annonce le Royaume, un Royaume de vie et de relations à lui, à Dieu, il nous offre son Esprit, son souffle de vie, et il nous fait confiance. Il nous fait entrer dans sa joie.

Amen