Lire la bible à la lumière de Jésus-Christ

En quoi Jésus-Christ est-il « clé de lecture » de la Bible ?

Dimanche 5 février 2017 Version imprimable de la prédication

Prédication 1ère partie

Les chrétiens font une lecture chrétienne des textes bibliques, y compris des textes juifs, dans la lignée des auteurs du Nouveau Testament (NT) qui faisaient continuellement référence à l’Ancien Testament (AT) pour montrer comment Christ était bien le Messie annoncé.

Je plaide même pour une lecture christocentrique de la Bible. Les Réformateurs nous y appellent.

Pourquoi est-il déterminant d’aborder les Ecritures avec Jésus-Christ comme clé de lecture, porte d’entrée ?

En quoi la personne, la vie et l’enseignement de Jésus nous aident-ils à comprendre la bible et à en recevoir une nourriture spirituelle ?

C’est une question très théologique, mais elle présente un enjeu existentiel que je veux m’efforcer de mettre en valeur.

Cette question pose aussi celle du rapport avec l’AT. Que faire de tous ces textes de nature historique, poétique, juridique qui nous parlent parfois bien peu de Dieu et encore moins de Jésus-Christ ?

Faut-il les considérer de second choix et nous centrer sur les textes du NT ?

Comment comprendre cette parole de Jésus : « Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir. » Comment en quoi Jésus accomplit-il la loi ?

Pour traiter ce thème (Lire la bible à la lumière de Jésus-Christ), je vous invite à découvrir une grille de lecture proposée par les Réformateurs, par Calvin en particulier. Il a développé les trois offices du Christ : prophète, prêtre et roi. On en trouve des exposés dans l’Institution Chrétienne et dans le catéchisme de Genève.                                    

Les trois offices dans l’AT

J’aime résumer la Bible en disant que c’est la longue et tumultueuse histoire d’amour de Dieu avec l’humanité. Une recherche constante de dialogue et de relation entre Dieu et l’homme et inversement. Dès la création du monde, Dieu cherche à tisser une relation avec l’être humain. Les récits bibliques témoignent de ces tentatives répétées de Dieu et des réponses de l’être humain, de sa recherche de sens, de salut, d’espoir…

Comment Dieu et les hommes se sont-ils organisés pour être en lien l’un avec l’autre ?

De manière très résumée, nous allons voir comment les trois offices apparaissent dans l’histoire d’Israël.

Avant que le peuple d’Israël ne s’organise comme une entité socio-politique, il était un peuple nomade conduit par des patriarches comme Abraham, Moïse, Josué… des personnes qui cumulaient des fonctions politiques et religieuses. Ils étaient des chefs de tribus et en même temps des porte-parole de Dieu.

Les prêtres/sacrificateurs

En arrivant en Canaan, Israël s’organise en 12 tribus distinctes. C’est la période des Juges qui va jusqu’à la royauté. La tribu de Lévi reçoit la mission sacerdotale. Les lévites seront chargés des tâches religieuses dans les lieux saints d’Israël, à Silo en particulier. C’est à Silo que sera conservée l’arche de l’alliance. Plus tard, quand Jérusalem deviendra la capitale du Royaume, l’arche sera transférée dans le temple.

Les prêtres doivent veiller aux respects des rites religieux, des sacrifices en particulier. Les sacrifices sont simplement un moyen d’être en relation avec le Dieu Saint. De lui exprimer de la reconnaissance ou de lui demander pardon.

Les prophètes

Durant toute la période des Juges, certains personnages comme Gédéon, Samson, Déborah, Samuel sont des prophètes.

Certains d’entre eux sont aussi des chefs militaires, des juges comme Gédéon et Samson. D’autres comme Samuel étaient prêtre… On voit que les fonctions se superposaient souvent.

Durant la période des rois, apparaissent les prophètes scripturaires qui ont laissé des traces écrites de leurs messages et actions.

Le prophète n’est pas d’abord celui qui annonce l’avenir. Il est le porte-parole de Dieu. Il veille au respect de la Loi, du droit. C’est pour cela qu’il prend souvent la défense de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin. C’est lui qui avertit les autorités politiques et religieuses, au risque de s’y opposer. Il lui arrive d’annoncer des catastrophes ou des promesses de rétablissement.

Les rois

Le livre de Samuel témoigne de la volonté populaire d’avoir un roi comme les autres peuples. Et c’est une grande nouveauté en Israël, car jusque là Dieu était l’unique souverain.

Ainsi, avec Saül, Israël devient un état gouverné par un roi. En Israël, le roi est institué par Dieu, oint par un prêtre et il est appelé à gouverner selon le droit et la justice de Dieu.

Quel constat tirer de ces trois offices ? Est-ce que ces fonctions ont permis aux croyants d’être en relation à Dieu et inversement ?

Les textes de l’AT sont eux-mêmes très sévères. Ils constatent l’échec de ces trois offices.

Il n’est pas étonnant que l’attente messianique se développe après la destruction du temple, dans le contexte de la seconde déportation, quand Israël perd son identité religieuse et politique.

Les trois offices dans le NT

Qu’en est-il de la tentative de Dieu de dialoguer avec l’être humain dans le NT ?

Une parabole de Jésus rapportée par Marc permet de faire le pont entre l’AT et NT. Ensuite, nous entendrons la lecture d’un extrait de la lettre aux Hébreux, dans laquelle je vous invite à reconnaître les trois offices…

Lecture : Marc 12, 1-11

1 Puis Jésus se mit à leur parler en utilisant des paraboles : « Un homme planta une vigne ; il l’entoura d’un mur, creusa la roche pour le pressoir à raisin et bâtit une tour de garde. Ensuite, il loua la vigne à des ouvriers vignerons et partit en voyage.

2 Au moment voulu, il envoya un serviteur aux ouvriers vignerons pour recevoir d’eux sa part de la récolte.

3 Mais ils saisirent le serviteur, le battirent et le renvoyèrent les mains vides.

4 Alors le propriétaire envoya un autre serviteur ; celui-là, ils le frappèrent à la tête et l’insultèrent.

5 Le propriétaire en envoya encore un autre, et, celui-là, ils le tuèrent ; et ils en traitèrent beaucoup d’autres de la même manière : ils battirent les uns et tuèrent les autres.

6 Le seul homme qui restait au propriétaire était son fils bien-aimé. Il le leur envoya en dernier, car il pensait : “Ils auront du respect pour mon fils.”

7 Mais ces vignerons se dirent les uns aux autres : “Voici le futur héritier ! Allons, tuons-le, et la vigne sera à nous ! ”

8 Ils saisirent donc le fils, le tuèrent et jetèrent son corps hors de la vigne.

9« Eh bien, que fera le propriétaire de la vigne ? demanda Jésus. Il viendra, il mettra à mort les vignerons et confiera la vigne à d’autres.

10Vous avez sûrement lu cette parole de l’Écriture :

“La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est devenue la pierre principale.

11Cela vient du Seigneur, pour nous, c’est une merveille ! ”  »

Lecture : Hébreux 1,1-3

« 1 Autrefois Dieu a parlé à nos ancêtres à maintes reprises et de plusieurs manières par les prophètes,

2 mais maintenant, à la fin des temps, il nous a parlé par son Fils.

C’est par lui que Dieu a créé l’univers, et c’est à lui qu’il a destiné la propriété de toutes choses.

3 Le Fils reflète la splendeur de la gloire divine, il est la représentation exacte de ce que Dieu est, il soutient l’univers par sa parole puissante.

Après avoir purifié les êtres humains de leurs péchés, il s’est assis dans les cieux à la droite de Dieu, la puissance suprême. »

Prédication 2ème partie

« Un homme planta une vigne ; il l’entoura d’un mur, creusa la roche pour le pressoir à raisin et bâtit une tour de garde…. »

Un homme qui s’engage activement et totalement pour sa vigne. Un homme qui fait ensuite confiance à des ouvriers… Un homme qui espère engranger la récolte, qui essaie à plusieurs reprises d’établir le contact avec ses ouvriers, jusqu’à envoyer son fils bien aimé. “Ils auront du respect pour mon fils.” Pense-t-il…

Je ne commente pas cette parabole. Mais écoutez comment Jésus y fait échos. A la veille de sa passion, Jésus pose un regard désabusé sur Jérusalem : «  Jérusalem, Jérusalem, toi qui mets à mort les prophètes et tues à coups de pierres ceux que Dieu t’envoie ! Combien de fois ai-je désiré rassembler tes habitants auprès de moi comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, mais vous ne l’avez pas voulu ! » Matthieu 23,37

Jésus dit l’échec de cette histoire d’amour entre Dieu et les hommes. En même temps, il s’inscrit dans la tradition des prophètes.

Il reprend des images utilisées par les prophètes :

« Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne, Que je n’aie pas fait pour elle? Pourquoi, quand j’ai espéré qu’elle produirait de bons raisins, En a-t-elle produit de mauvais? » Esaïe 5,4

Ici, Jésus s’approprie ces paroles de l’AT pour annoncer l’accomplissement de ces promesses.

Il est le fils bien-aimé qui réalise les promesses de salut, de restauration d’Israël, de l’expression accomplie de l’amour de Dieu pour l’humanité.

Dieu ne donnera pas de signe plus grand que son fils mort et ressuscité.

J’aimerais encore mettre en valeur ce texte des Hébreux, car il rassemble en Jésus-Christ les trois offices dont j’ai parlés.

Office prophétique

« 1 Autrefois Dieu a parlé à nos ancêtres à maintes reprises et de plusieurs manières par les prophètes,

2 mais maintenant, à la fin des temps, il nous a parlé par son Fils.

C’est par lui que Dieu a créé l’univers, et c’est à lui qu’il a destiné la propriété de toutes choses.

3 Le Fils reflète la splendeur de la gloire divine, il est la représentation exacte de ce que Dieu est, il soutient l’univers par sa parole puissante.

Ici, Jésus est présenté comme un prophète par lequel Dieu parle à son peuple. Plus encore, il est dit que Jésus est Parole vivante, parole créatrice. Nous pouvons faire un parallèle avec le prologue de Jean.

Jésus est celui qui nous introduit à la connaissance de Dieu, il nous permet de reconsidérer la loi et les prophètes à la lumière de son enseignement. En même temps, il est lui-même cette Parole qui nous conduit au Père.

Voilà comment Calvin parle de l’office de prophète :

M : Comment est-ce que tu dis Jésus-Christ Prophète?
E : Parce qu’en descendant au monde (Ésaïe 7:14) (15) , il a été messager et ambassadeur souverain de Dieu son Père pour exposer pleinement la volonté d’icelui au monde et ainsi mettre fin à toutes prophéties et révélations (Hébreux 1:2).

M : Il reste la Prophétie, de quoi nous sert-elle ?
E : Puisque cet office a été donné au Seigneur Jésus pour être maître et docteur des siens, la fin est de nous introduire à la vraie connaissance du Père et de sa vérité, tellement que nous soyons écoliers domestiques de Dieu.

Office sacerdotal :

« Après avoir purifié les êtres humains de leurs péchés …»

Jésus joue le rôle du Grand-Prêtre, c’est lui qui est le Grand-prêtre par excellence. Mais il est aussi lui-même la victime expiatoire. Il nous purifie de nos péchés, il nous ouvre gratuitement et sans réserve un accès à Dieu, il nous réconcilie avec le Père, c’est la justification par la foi, dont les Réformateurs ont tant parlé.

Voilà comment Calvin parle de l’office de prêtre :

M : Et la prêtrise ?
E : C’est l’office et autorité de se représenter devant Dieu, pour obtenir grâce et faveur, apaiser son ire, en offrant sacrifice qui lui soit agréable.

M : Et sa Prêtrise, de quoi nous sert-elle ?
E : Premièrement, en tant qu’il est notre Médiateur, pour nous réconcilier à Dieu son Père; puis après que, par son moyen, nous avons accès pour nous présenter aussi à Dieu et nous offrir en sacrifice avec tout ce qui procède de nous. Et en cela nous sommes compagnons de sa Prêtrise (Hébreux 7, 8, 9, 10, 13)

Office royal :

« …il s’est assis dans les cieux à la droite de Dieu, la puissance suprême. »

L’ascension du Christ signifie son retour en gloire et sa seigneurie. Au côté du Père, avec Lui, Jésus-Christ exerce sa royauté. Une royauté qui n’est pas d’ordre économique, sociale ou politique, mais cosmique et spirituelle.

Cet office nous concerne aussi bien que les deux autres, car, le chrétien est associé à ce règne. Nous recevons l’autorité du Christ sur nos vies, sur le mal, mais aussi sur les forces des ténèbres qui nous menacent.

Voilà comment Calvin parle de l’office de roi :

M : Quel est ce Royaume dont tu parles ?
E : Il est spirituel et consiste en la Parole et en l’Esprit de Dieu, qui contiennent justice et vie.

M : Son Royaume, de quoi nous sert-il ?
E : C’est qu’étant par lui mis en liberté de consciences et remplis de ses richesses spirituelles pour vivre en justice et sainteté, nous avons aussi la puissance pour vaincre le diable, le péché et le monde, qui sont les ennemis de nos âmes.

Conclusion

Les trois offices du Christ nous permettent de lire les Ecritures « à la lumière du Christ ». Ils permettent de comprendre comment le Christ « accomplit » les Ecritures.

Surtout, ils montrent combien le ministère du Christ est pour notre plus grand bénéfice et combien il orient nos vies.

19 Ainsi, frères, nous avons la liberté d’entrer dans le lieu très saint grâce au sang du sacrifice de Jésus.

20 Il nous a ouvert un chemin nouveau et vivant au travers du rideau, c’est-à-dire par son propre corps.

21 Nous avons un grand-prêtre placé à la tête de la maison de Dieu.

22 Approchons-nous donc de Dieu avec un cœur sincère et une entière confiance, le cœur purifié de tout ce qui donne mauvaise conscience et le corps lavé d’une eau pure.

23 Gardons fermement l’espérance que nous proclamons, car Dieu reste fidèle à ses promesses.

Hébreux 10,19-23