Textes du jour

Esaïe 61,1-2

1L’esprit du Seigneur DIEU est sur moi.
Oui, il m’a consacré pour apporter une bonne nouvelle aux pauvres.
Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé,
pour annoncer aux déportés : « Vous êtes libres ! »,
et à ceux qui sont en prison : « Vous allez revoir la lumière du jour. »
2Il m’a envoyé pour annoncer :
« C’est l’année où vous verrez la bonté du SEIGNEUR ! »

 2 Corinthiens 11,30 – 12,10

30 S’il faut se vanter, je me vanterai de ma faiblesse. 31 Le Dieu et Père du Seigneur Jésus le sait bien, lui qui est béni pour tous les siècles : je ne mens pas.
5 Je pourrais être fier, mais pour moi je ne veux me vanter que de mes faiblesses.
6 Si je voulais me vanter, ce ne serait pas folie, car je dirais la vérité. Mais je m’abstiens de peur qu’on ne me mette plus haut que ce qu’on peut voir et entendre de moi.
7 Et pour que je ne me croie pas supérieur après de telles révélations, une épine a été plantée dans ma chair, un messager de Satan dont les gifles me gardent de tout orgueil. 8 Trois fois j’ai demandé au Seigneur de m’en débarrasser, 9 mais il m’a dit :
— “Ma grâce te suffit, c’est dans la faiblesse que la puissance donne toute sa mesure.”
Aussi je me sens bien plus assuré dans mes faiblesses, car alors je suis couvert par la force du Christ. 10 Et j’accueille volontiers faiblesses, humiliations, nécessités, persécutions et angoisses, si c’est pour le Christ, parce que, si je me sens faible, je suis fort.        

Luc 4,16-30

16Jésus vient à Nazareth où il a été élevé. Le jour du sabbat, il entre dans la maison de prière, c’est son habitude. Il se lève pour faire la lecture des Livres Saints.

17On lui donne le livre du prophète Ésaïe. Jésus ouvre le livre et trouve le passage suivant :

18« L’Esprit du Seigneur est sur moi.
Oui, il m’a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Il m’a envoyé pour annoncer aux prisonniers : Vous êtes libres !
et aux aveugles : Vous verrez clair de nouveau !
Il m’a envoyé pour libérer ceux qui ne peuvent pas se défendre,
19pour annoncer :
C’est l’année où vous verrez la bonté du Seigneur ! »

20Jésus ferme le livre, il le rend au serviteur et s’assoit. Dans la maison de prière, tous ont les yeux fixés sur lui.

21Alors il leur dit : « Vous avez entendu ce que les Livres Saints annoncent. Eh bien, aujourd’hui, cela s’est réalisé. »

22Tout le monde est dans l’admiration et s’étonne des paroles merveilleuses qui sortent de sa bouche. Ils disent : « Pourtant, cet homme-là, c’est bien le fils de Joseph ! »

23Jésus leur dit : « Vous allez certainement me citer ce proverbe : “Médecin, guéris-toi toi-même ! ” Et vous allez me dire : “Nous avons appris tout ce que tu as fait à Capernaüm. Fais donc les mêmes choses ici, dans ton village ! ”  »

24Puis Jésus ajoute : « Oui, je vous le dis, c’est la vérité, un prophète n’est jamais bien reçu dans son village.

25Vraiment, je vous le dis : à l’époque du prophète Élie, il y avait beaucoup de veuves dans le peuple d’Israël. En ce temps-là, pendant trois ans et demi, la pluie n’est pas tombée, et c’était la famine dans tout le pays.

26Pourtant, Dieu n’a pas envoyé Élie pour aider une veuve d’Israël. Il l’a envoyé chez une veuve qui vivait à Sarepta, dans la région de Sidon.

27À l’époque du prophète Élisée, il y avait aussi beaucoup de lépreux dans le peuple d’Israël. Pourtant, Élisée n’a guéri aucun lépreux d’Israël, mais il a guéri Naaman le Syrien. »

28Dans la maison de prière, tout le monde est très en colère en entendant cela.

29Ils se lèvent tous et font sortir Jésus du village. Ils l’emmènent en haut de la colline sur laquelle leur village est construit, et ils veulent le jeter en bas.

30Mais Jésus passe au milieu d’eux et continue sa route.

Louange à toi, ô Christ !

 

 

Prédication

Version imprimable ici

  • Il est à qui, déjà, celui-là ?
  • Ben vous savez, c’est celui au charpentier
  • Le charpentier… ?
  • Mais oui, le Joseph.
  • Ah, et son grand-père, c’est Héli, de la rue d’en haut ?
  • C’est ça, et tu vois, ce ne sont pas de petites gens, il sait lire…
  • Oui, et causer aussi, t’as entendu ! Et il paraît qu’il a drôlement bien parlé dans les synagogues des villages voisins…

Jésus, vient d’être baptisé par Jean au Jourdain, il a été tenté dans le désert où l’a conduit ensuite l’Esprit, il est revenu en Galilée, il prêche dans les synagogues. Et voilà qu’il vient dans son propre « pays », à Nazareth, lieu de son enfance et de sa jeunesse.

Dans l’évangile selon Luc, on ne nous raconte aucun signe, aucun miracle de Jésus avant notre épisode. Seulement sa prédication, et sa renommée qui fait que « tous disent sa gloire ». Le premier signe, la première guérison, celle de la belle-mère de Pierre, n’interviendra qu’à la fin de ce chapitre 4.

Mais les gens reconnaissent Jésus, connaissent Jésus, ou croient le connaître. On connaît sa famille. Et aussi la rumeur. Alors les gens de Nazareth n’arrivent pas à l’écouter vraiment.

Les traductions disent souvent qu’on lui « rend témoignage » et qu’on « admire ses merveilleuses paroles ». Et c’est une traduction possible de ces mots, utilisés ainsi ailleurs dans le Nouveau Testament. Mais je pense qu’ici, il faut les prendre dans leur sens premier : les gens de Nazareth « sont témoins » de ce que dit Jésus – je l’ai vu, j’y étais – et ils « s’étonnent » que les paroles qu’il énonce parlent de la grâce de Dieu. Ils ne peuvent pas écouter, entendre vraiment ce qu’il dit, cet « aujourd’hui » qu’il annonce. Ils sont déjà « sur les pattes de derrière », et la fin de l’épisode, la tentative de lynchage ne sera pas un revirement mais une suite logique.

C’est un risque, quand on entend quelqu’un qu’on connaît. On croit qu’on sait déjà tout ce qu’il a à nous dire. On le regarde, on se souvient de lui. Et ses mots ne nous atteignent pas.

Et puis, si votre voisin, ou le fils de votre ami, ou la femme de ménage de votre cousine se mettait à vous dire les mots d’Esaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyé proclamer la libération et le lumière et la guérison ! » et « Aujourd’hui, c’est réalisé », est-ce que vous l’écouteriez ?

Vous le-la connaissez, vous penseriez qu’il a pris un coup de chaud ou bu trop de vin, non ? Ou vous l’orienteriez habilement vers une consultation psychologique…

Il est difficile d’écouter vraiment ceux qui sont proches.

Il est difficile d’entendre ceux dont on croit tout savoir.

Alors que, justement, ces gens-là peuvent être ceux qui nous disent à ce moment-là quelque chose d’important, sur eux, sur nous, et pourquoi pas sur Dieu.

Et puis, il était peut-être plus courant de parler de Dieu dans la rue à l’époque de Jésus que de nos jours, mais tout de même, annoncer pareille nouveauté de la part de Dieu, proclamer le Royaume de Dieu, aujourd’hui, ici et maintenant, ce n’était pas le discours le plus facile à écouter juste comme ça, un samedi ordinaire à la synagogue !

Même au prophète Esaïe, il était arrivé que Dieu dise : « Va leur dire ceci et cela, et ils ne t’écouteront pas, ils fermeront leurs oreilles »…

Et Paul, dit qu’il pourrait se vanter de sa mission, et se pavaner d’être l’Apôtre, Paul avoue que quelque chose l’invalide – on a eu beau faire des tas d’hypothèses au cours de l’histoire, on ne sait pas de quoi il s’agit, cette « épine dans la chair ». Paul dit que c’est par sa faiblesse qu’il est fort. Lui aussi sait qu’on ne l’écoute pas toujours, qu’on ne suit pas toujours son enseignement dans les Eglises qu’il a fondées ou catéchisées. Il sait bien que les gens, là aussi pensent le connaître par cœur et se tournent ailleurs, suivent d’autres prêcheurs, d’autres doctrines… combien de fois dans ses lettres dit-il : écoutez-moi, moi, moi qui vous parle du Christ !?

« Médecin, guéris-toi toi-même ». Il n’y a que sous la plume de Luc que Jésus oppose à ses interlocuteurs ce dicton qui ressemble à notre « les cordonniers sont les plus mal chaussés » ! Comme si le fait que les gens de son village n’arrivent pas à écouter vraiment Jésus était de sa faute… juste parce qu’il est de là !

« Nul n’est prophète en son pays », ajoute précisément Jésus. Ça, c’est bel et bien un dicton que nous connaissons, même si on ne se souvient pas toujours qu’il est biblique.

Nul n’est prophète en son pays. Jésus en fait l’expérience.

Les gens de son village le connaissent trop bien pour l’écouter vraiment.

Et on ne peut pas leur jeter la pierre – pour employer une autre expression biblique passée dans le langage courant !

Parce que nous, est-ce que nous ne croyons pas aussi que nous connaissons si bien Jésus, que nous n’avons plus besoin de l’écouter pour savoir ce qu’il a à nous dire ?

Nous courons le risque, nous aussi, de passer à côté de sa Parole pour nous aujourd’hui.

De ne pas entendre l’extraordinaire de sa prédication : aujourd’hui, par moi, Dieu est présent ; aujourd’hui, l’Esprit est sur moi ; aujourd’hui, le Royaume est là, ouvert !

Jésus, nous le connaissons. Nous avons entendu, pour la plupart, parler de lui depuis si longtemps, nous avons suivi l’école du dimanche, le catéchisme, et combien de prédications ? C’est bon, on sait tout, on connaît tout. Plus besoin d’écouter.

On croit savoir ce que Jésus dit. Et ce que Jésus doit faire, ce que Jésus devrait faire, comment Jésus devrait être.

Comme les gens de Nazareth, nous n’arrivons plus à nous laisser surprendre, à nous laisser remettre en question.

Il faut dire qu’à Nazareth, Jésus en « rajoute » face à l’étonnement sceptique qu’il sent dans l’assemblée : il mentionne la veuve de Sarepta, une étrangère, avec qui Elie partage le pot d’huile qui ne tarit pas, la jarre de farine qui ne se vide pas. Et encore Naaman, le dignitaire syrien souffrant de lèpre qui vient consulter Elisée sur la parole de la petite servante israélite de son épouse… Ailleurs aussi Jésus dira d’un officier romain : « je n’ai jamais vu une telle foi en Israël »…

Jésus cite des étrangers qui ont été proches de Dieu. Ils ont peut-être vu avec plus de distance ce qui se passe. La veuve de Sarepta dit à Elie « Ton Dieu est puissant »…

Et puis, est-ce que, souvent, nous, nous n’attendons pas des miracles, comme les gens de Nazareth pour qui la rumeur a inventé des choses extraordinaires à Capernaüm alors qu’il y a eu des paroles, une autorité, une présence de la part de Jésus, et que c’est ça qui était extraordinaire ?

Est-ce que, nous aussi, nous attendons des miracles sans nous rendre compte qu’il y a chaque jour des choses, des évènements, des gens qui disent la présence de Dieu, aujourd’hui ?

Est-ce que nous aussi, nous restons sourds aux paroles, à la bonne nouvelle, à l’évangile de Jésus : « aujourd’hui, c’est accompli » !?

Pourtant Dieu ne cesse de nous interpeller.  Par les paroles de la bible, lorsque nous prenons le temps et la distance de les écouter comme si elles étaient à chaque fois nouvelles… parce qu’elles sont à chaque fois nouvelles.

Dieu ne cesse de nous interpeller… par le voisin, le fils de notre ami ou la femme de ménage de notre cousine, qui ont des choses à nous dire. Chaque personne que nous rencontrons est présence de Dieu, vie de Dieu pour nous. Elle peut être Parole de Dieu pour nous, aujourd’hui.

Lorsque la colère fait que les gens de Nazareth veulent tuer Jésus, déjà, voilà qu’à ce moment-là l’autorité de Jésus, cette autorité qu’ils n’avaient pas reconnue dans ses paroles, l’autorité de Jésus les frappe avec force : il passe, et personne ne s’interpose.

Ce que n’ont pas pu faire ses mots, voilà que sa présence, son regard le font. Il passe au travers de la colère, de la haine, de l’incompréhension.

J’imagine un grand silence après le brouhaha de cette tentative de lynchage, quand on le pousse dehors – littéralement qu’on le « jette dehors » du village.

Un grand silence pour laisser passer Jésus : aujourd’hui est présente l’autorité de Dieu. Aujourd’hui est réalisée la Parole de Dieu.

Parfois, les mots de la bible, les mots des voisins, des amis ne nous atteignent plus, nous n’y recevons pas la Parole de Dieu.

Qu’alors la présence de Jésus, par l’Esprit de Dieu, soit sur nous. Que son autorité nous touche et nous parle. Que dans le silence, nous sachions qu’il passe.

Pour nous, aujourd’hui.

Amen

Sophie Mermod-Gilliéron