Culte de bénédiction des catéchumènes, Rameaux 2018

25 mars, temple d’Yverdon

Version imprimable du message Se laisser toucher par le Christ

Lecture biblique, Jean 20,24-29 et mise en contexte

  • 24 L’un des douze disciples, Thomas — surnommé le Jumeau — n’était pas avec les disciples quand Jésus vint vers eux (la première fois).

 

Le témoignage des 10 : « Nous avons vu le Seigneur ! »

Attends… Pour bien comprendre cette histoire et particulièrement la réaction de Thomas, il faut se mettre dans le contexte. Tu permets ?

Il faut juste se rappeler les événements de Pâques. Qu’est-ce qui s’est passé durant le w-e pascal ? Nous allons bientôt fêter avec des lapins au chocolat et des œufs ? (Qui va cacher les œufs ?)

Que s’est-il passé lors de ce w-e de la Passion ?

Lors de la fête des Rameaux et contre l’avis de ses disciples, Jésus retourne à Jérusalem. Jésus savait qu’à Jérusalem, les choses étaient tendues, que l’on complotait contre lui.

Aux Rameaux, c’est l’espoir qui domine. Les gens reçoivent Jésus avec les honneurs d’un roi, c’est l’euphorie…

4 jours plus tard, le jeudi soir, tout se précipite. Lors du dernier repas, Juda trahit Jésus. Il est arrêté, couvert de faux témoignages et jugé par les chefs religieux juifs. Puis, il est condamné par le pouvoir romain qui ne trouvait pourtant aucun motif d’accusation ! Mais Pilate voulait à tout prix calmer l’agitation. Le procès est expédié en l’espace d’une nuit.

Le vendredi, Jésus est conduit avec une croix sur l’épaule à la sortie de la ville, au mont Golgotha. Il est hué et moqué par la foule et les soldats. Vers 15h00 Jésus meurt comme un criminel. Son corps est déposé dans le tombeau de Joseph d’Arimathée….

Vous imaginez l’ambiance parmi les disciples ?

 

Tout s’est passé tellement vite ! Et puis, ils ne peuvent même pas désigner Juda comme le semeur. Tous ont abandonné leur maître, le jeudi soir ! Même Pierre, le chef de la bande…

Ils ont perdu leur maître, avec cette force de vie qui était en lui, puissance communicative. Ils ont perdu leurs espoirs de réforme… En plus, ils ont honte d’eux-mêmes. Ils n’ont pas su le défendre.

Les engrenages du pouvoir politique, religieux et judiciaire étaient trop forts. Les magouilles, les mensonges et finalement, les intérêts des notables semblent avoir vaincu cet homme, figure de vérité et de vie…

Voilà l’ambiance du w-e pascal parmi les disciples : glauque, morbide…

Nous sommes au soir du dimanche de Pâques. Ils sont 10. Juda s’est pendu et Thomas n’est pas présent. Ils sont enfermés à clé dans une maison parce qu’ils sont menacés de complicité… Non seulement, ils sont désespérés, honteux, mais en plus, ils ont peur !

 

Mais voilà, il se passe des choses étonnantes… Le même matin, les femmes sont allées au tombeau. Elles sont revenues en alertant Pierre et Jean que le tombeau était vide. Ils ont couru pour aller faire eux-mêmes le même constat.

A ce moment, ce n’est pas encore la joie. C’est encore une tuile de plus ! Qui a volé le corps de Jésus ? On a vandalisé sa tombe !

Marie de Magdala retourne au tombeau, elle pleure. Trop, c’est trop…

C’est à ce moment qu’elle rencontre le Christ vivant… Elle sera la première à affirmer « J’ai vu le Seigneur… ».

Après Marie, ce sont les disciples qui sont visités par le Christ vivant. Il ne leur fait pas de discours. Ce n’est plus l’heure des enseignements et des miracles. Il est là et c’est suffisant : « La paix soit avec vous.»

Alors forcément, quand Thomas débarque plus tard… Il entend : « Nous avons vu le Seigneur ! »…

Vous imaginez sa réaction ?

Au fait, tu peux continuer la lecture…

 

  • 25 Les autres disciples lui dirent : « Nous avons vu le Seigneur. »
  • Mais Thomas leur répondit : « Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, si je ne mets pas mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas. »
  • 26 Une semaine plus tard, les disciples de Jésus étaient de nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Les portes étaient fermées à clé, mais Jésus vint et, debout au milieu d’eux, il dit : « La paix soit avec vous ! »
  • 27 Puis il dit à Thomas : « Mets ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de douter et crois ! »
  • 28 Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
  • 29 Jésus lui dit : « C’est parce que tu m’as vu que tu as cru ? Heureux sont ceux qui croient sans m’avoir vu ! »
  • Parole de l’Evangile.

***

Message « Se laisser toucher par le Christ »

Chers catéchumènes,

Plusieurs d’entre vous ont dit au cours de cette dernière année de catéchisme :

« Je veux bien croire que Jésus ait existé, qu’il ait été un homme bon, sage et fidèle à Dieu, mais j’ai de la peine à croire qu’il soit revenu à la vie… ».

 

C’est pour cela que j’ai choisi de vous parler de Thomas. Il réagit comme vous et certainement, comme nous l’aurions tous fait à sa place :

« Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, si je ne mets pas mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas. »

 

Qui se reconnait dans l’attitude de Thomas ?

Qui a besoin de voir et de toucher, d’un minimum de signes, d’éléments tangibles pour adopter une vérité ?

 

Moi aussi. Je n’aime pas gober les premières idées en vogue… Je suis même horrifié par cette manière de croire à tout et n’importe quoi sans vérification.

C’est un phénomène assez récent, distillé par l’information par Internet. On n’a pas le temps, ni les moyens de vérifier l’information. Alors, même si on ne croit pas à tout, on ne sait plus ce qui est vrai et on reste dans le doute…

 

Certains politiciens l’ont bien compris. Une vérité dérangeante est qualifiée de « fake news », une information truquée, en général par les médias… D’autres savent rester dignes devant une caméra et mentir avec le sourire. Triste monde…

 

D’autre part, le ressenti personnel a pris le pas sur l’objectivité. « Si tu le ressens comme ça, c’est bien pour toi, c’est ta vérité. »

  • On parle de « post-vérité », quand l’opinion publique est influencée par les émotions et les opinions personnelles et non pas par les faits.

 

La résurrection de Jésus est-elle une « post-vérité » ?                                                                                        

Est-ce que la résurrection de Jésus est le fruit du ressenti, de l’interprétation d’une poignée de fans de Jésus ?

La résurrection de Jésus est-elle une « fake news » ?

Ou alors, est-ce une information montée de toute pièce pour faire perdurer la légende « Jésus » ?

 

Franchement, un homme peut-il revenir à la vie ? Même s’il s’agit de Jésus ?

Si oui, on aimerait savoir comment et sous quelle forme… on a envie de voir, de toucher, d’analyser… et idéalement de reproduire l’expérience…

 « Une vérité scientifique est une proposition construite par un raisonnement rigoureux, et vérifiée par l’expérience… »

 « Nous avons vu le Seigneur. »

C’est tout ce que nous avons : le témoignage des disciples et des proches de Jésus rapportés par les Evangiles.

Alors, évidemment, on y croit ou on n’y croit pas…

 

  1. Mais essayons de comprendre ce que nous dit ce récit de Thomas qui se trouve face à Jésus.

Jésus lui donne la possibilité de le toucher. Mais on dirait que Thomas n’en a plus besoin.

Voir et entendre le Christ lui suffisent.

 

J’ai aussi l’impression que quelque chose se passe en Thomas, parce que le Christ lui parle personnellement.

Jésus a pris au sérieux ses doutes.

Et en même temps, il le pousse pour aller plus loin : « Cesse de douter et crois ! » è « Thomas sort de ce rationalisme qui t’enferme et entre dans la dimension de la foi. »

 

En fait, Thomas voulait toucher le Christ et on a l’impression que c’est le Christ qui le touche. C’est le Christ que le rejoint, parce qu’il le comprend, parce qu’il l’amène plus loin, il le fait entrer dans cette dimension de la foi : croire sans voir…

 

« La dimension de la foi… » c’est quoi ?

C’est ce qui nous reste à nous qui n’avons pas vu le Christ.

La foi, c’est ce qui a mis en route ces millions de chrétiens de part le monde qui ont vécu après le Christ, au cours des siècles et dans le monde entier…

Ces croyants-là sont déclarés heureux et bénis : « Heureux sont ceux qui croient sans m’avoir vu ! »

En fait le récit de Thomas nous est destiné. Nous aurions aimé être à la place de Thomas : voir et toucher.  Mais, nous ne pouvons que croire !

 

Mais croire en la résurrection de Jésus, est-ce que c’est justement adopter cette attitude de « post-vérité » ?

« Je sens que c’est une belle histoire, qu’elle soit vraie ou pas peu importe, elle dégage des ondes positives, elle me fait espérer, alors j’y adhère… »

NON. Je suis comme Thomas, j’ai personnellement besoin d’expérimenter les choses, j’ai besoin d’éprouver ma foi.

Comme je ne peux pas voir ni toucher le Christ, j’ai besoin de le sentir vivant aujourd’hui dans ma vie et dans mon environnement.

 

Mais comment faire cette expérience ?

En fait, c’est exactement l’expérience de Thomas. Accepter une forme de renversement : on ne peut pas toucher Dieu, on ne peut encore moins le saisir dans notre logique, dans nos explications, dans notre perception de la vie, de la réalité, on ne peut pas démontrer la résurrection… parce qu’on ne peut pas mettre Dieu, ni le Christ, ni le St-Esprit dans un bocal.

On ne peut pas toucher le Christ, par contre, on peut se laisser toucher par lui…

Est-ce que le cœur de la foi chrétienne, ce n’est pas ça ? Se laisser toucher par l’amour de Dieu ? Se laisser aimer, se laisser pardonner, se laisser conduire…

Ce n’est pas une attitude passive et attentiste.

Pas du tout ! Me laisser toucher par le Christ implique que je lâche mon orgueil, mon envie de tout maîtriser et d’expliquer, que j’accepte la lumière du Christ qui met de l’ordre dans ma vie ; c’est aussi choisir de me laisser conduire par l’Esprit de Dieu…

Tout cela nécessite de l’humilité et du courage.

 

Se laisser toucher par le Christ… Deux exemples personnels :

 

1) Dans mon parcours scolaire, à votre âge, j’ai souvent été touché par l’amour de Dieu au niveau de mon estime de moi-même.

Ayant pas mal de difficultés scolaires, je recevais de part mes résultats ou les remarques des enseignants ou de mes camardes des messages qui étaient peu valorisants. Ce n’est donc pas à l’école que j’ai pu développer mon estime de moi. Mais, j’ai toujours entendu cette petite voix, que j’attribue clairement à Dieu : « Olivier, ta valeur ne dépend pas de tes notes ou du regard des autres. » « Tu as du prix à mes yeux et tu comptes beaucoup pour moi. » C’est une parole du prophète Esaïe que deux d’entre vous avez choisie.

 

2) Un autre exemple lié au pardon. Vous savez qu’en devenant adulte, on devient sûr de soi et fier.

C’est mon cas aussi. Ainsi, il ne m’est pas facile de reconnaître mes tords dans mes collaborations professionnelles ou dans ma relation à mon épouse ou à mes enfants… Alors souvent, Dieu vient à mon aide. Il me touche là où c’est juste. Il démonte la carapace d’arguments que je construis pour me justifier et finalement, il me donne l’humilité et le courage pour aller m’excuser auprès de la personne envers laquelle je suis en tord.

 

Paul, l’apôtre fonceur, zélé, volontariste a été stoppé net dans sa vie qui ressemblait à une course insensée. Il le dit lui-même : « … j’ai été saisi moi-même par Jésus Christ. » Ph3,12

L’apôtre Jean dit aussi: « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés… » 1 Jean 4,10

Se laisser toucher par le Christ, c’est faire l’expérience de la résurrection, c’est expérimenter que Christ est vivant, qu’il est ressuscité !

Alors oui, je l’admets volontiers : faire cette expérience de foi est totalement subjectif !

Mais ce n’est pas une post- vérité

  • parce qu’avant moi et aujourd’hui encore, des millions de croyants ont fait cette expérience,
  • parce que cette expérience, je peux la revivre, tous les jours. C’est tous les jours qu’il veut me toucher, me bénir, me saisir, me relever ou me pousser…
  • parce que quand je suis saisi par l’amour de Dieu, c’est pour toujours !

 

AMEN.

Pasteur Olivier Bader