Prédication du 27 août 2017

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Evangile de Jésus Christ selon Matthieu 16

13Jésus arrive dans la région de Césarée de Philippe. Il demande à ses disciples : « Pour les gens, qui est le Fils de l’homme ? »

14Ils lui répondent : « Les uns disent que tu es Jean-Baptiste. D’autres disent que tu es Élie. D’autres encore disent que tu es Jérémie ou l’un des autres prophètes. »

15Jésus leur dit : « Mais vous, qu’est-ce que vous dites ? Qui suis-je ? »

16Simon-Pierre lui répond : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. »

17Alors Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, tu es heureux. En effet, ce n’est pas une personne humaine qui t’a fait connaître cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux.

18Et moi, je te dis ceci : Tu es Pierre, et sur cette pierre, je construirai mon Église, et la puissance de la mort ne pourra rien contre elle.

19Je te donnerai les clés du Royaume des cieux. Ce que tu refuseras sur la terre, on le refusera dans les cieux. Ce que tu accueilleras sur la terre, on l’accueillera dans les cieux. »

20Alors Jésus donne cet ordre à ses disciples : « Ne dites à personne que je suis le Messie. »

 21À partir de ce moment, Jésus-Christ commence à annoncer clairement à ses disciples : « Il faut que j’aille à Jérusalem. Je vais beaucoup souffrir à cause des anciens, des chefs des prêtres et des maîtres de la loi. Ils vont me faire mourir. Et le troisième jour, je me réveillerai de la mort. »

22Alors Pierre prend Jésus à part et il se met à lui faire des reproches. Il lui dit : « Seigneur, que Dieu te protège ! Non, cela ne t’arrivera pas ! »

23Mais Jésus se retourne et il dit à Pierre : « Va-t’en ! Passe derrière moi, Satan ! Tu es en train de me tendre un piège. En effet, tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes ! »

 

Prédication

Je pétouillais à écrire ma prédication lorsque j’ai reçu ce message message : 3 Pierre – troisième lettre de Pierre… adressée aux paroissiens d’Yverdon. Je vous lis ce message :

 

« Moi, Simon-Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ, je vous écris à vous, croyants d’Yverdon, vous qui avez reçu une foi aussi précieuse que la nôtre, par la générosité de Jésus-Christ, notre Dieu et notre Sauveur (2 Pierre 1,1).

Moi, Simon que Jésus a appelé Pierre, je sais bien qu’aujourd’hui vous, à Yverdon et ailleurs, vous avez accès personnellement aux récits des actions et des paroles de notre Seigneur Jésus Christ.

Et ainsi, vous avez entendu que je lui ai dit une fois : tu es le Christ, le fils du Dieu vivant.

C’est lui qui questionnait, qui demandait ce que les gens racontaient de lui.

Certaines personnes pensaient que Jésus était un prophète d’autrefois, vous savez, comme le mystérieux Elie, envolé au ciel sans laisser de traces il y a si longtemps, c’est le rouleau des Rois qui parle de lui. À mon époque, son retour était attendu, espéré. Il aurait annoncé la fin des temps.

Il y avait aussi des gens qui imaginaient même que Jésus était Jean-Baptiste, lui on l’avait reconnu comme envoyé par Dieu ; alors Hérode ne l’aurait pas fait disparaître… ou il serait même ressuscité.

La résurrection, Jésus nous en parlait déjà, à ce moment d’ailleurs, mais nous n’y comprenions rien…
Mais il faut que je vous raconte les choses dans l’ordre.

Alors voilà. Quand nous allions parler de Jésus aux gens, quand nous annoncions la bonne nouvelle, quand nous disions à tous que le Royaume de Dieu était proche, quand nous expliquions qu’en écoutant Jésus, en le regardant, c’était comme si nous pouvions le voir, ce Royaume, comme si nous l’entendions arriver, commencer, quand nous affirmions que le vieux monde allait accoucher du nouveau et que le terme était proche, les gens disaient : alors, votre maître, c’est vrai, c’est le retour du prophète Elie ? Et nous, nous disions : vous savez, il semble bien que Jésus, ça se pourrait qu’il soit celui qu’on attend, le Christ, le Messie…

Nous reconnaissions les signes, vous comprenez ? Les boiteux se mettaient à marcher grâce à lui, et les aveugles à voir… Comme racontaient les anciens prophètes.

Et puis, Jésus nous a demandé carrément ce que nous, nous qui étions comme qui dirait ses proches, sa famille, il nous a demandé ce que nous disions de lui.

Comme ça, du tac au tac.

Ce n’est pas facile. Nous savions… nous pensions… nous espérions… nous disions même… nous nous disions entre nous… mais comme ça, personne de nous ne disait plus mot. Et pourtant nous étions plutôt des bavards, tous, et nous aimions refaire le monde. Mais là, motus.

Le silence était lourd. Plein de questions et d’espoirs.

Et tout à coup, j’ai su que je devais le dire, ça a été plus fort que moi, je l’ai dit, comme si les mots me venaient de plus loin, de toute la foi de mon peuple, et plus loin encore, comme si Dieu même les mettaient dans ma bouche, et je l’ai dit : tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !

Et tout le monde est resté bouche ouverte…

Et Jésus m’a dit oui.

Oui ! Jésus, notre compagnon, notre maître, ce Jésus-là, que nous connaissons, que nous suivons, ce Jésus est le Christ, le Messie, l’envoyé du Dieu de nos pères, l’envoyé du Dieu vivant d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ! Le Fils de Dieu lui-même !

Oui ! Et Jésus m’a dit aussi ce que je pressentais déjà : je n’ai pas pu dire ça tout seul, je n’ai pas pu comprendre ça tout seul. L’Eternel lui-même, béni soit son nom, m’avait mis les mots dans la bouche. À moi, Simon.

Et puis, Jésus a encore ajouté que, quand je suis capable de me laisser inspirer pour comprendre qui il est, quand je suis capable de dire que Jésus est le Fils du Dieu vivant, alors je suis comme une pierre, une roche, un roc. Quelque chose sur quoi Jésus peut tenir, bâtir, construire.

Moi, Simon ! Jésus m’appelle Pierre, c’est vrai. J’ai la tête dure des fois, une sacrée caboche, et je suis assez résistant. Un surnom, c’est un surnom… mais là, voilà que le surnom prenait un autre sens.

Aux yeux de Jésus, je devenais une pierre importante dans la construction du Royaume qui vient.

Et j’ai compris que tous ceux qui peuvent reconnaître que Jésus est le Fils du Dieu vivant, le Fils du Dieu de nos pères, le Fils du Dieu qui nous sauve du mal, alors, tous, ils deviennent comme des pierres vivantes qui construisent le Royaume de Dieu, qui construisent l’ecclesia, l’assemblée, l’Eglise de tous les croyants.

Et que là-contre, les forces du mal ne peuvent rien. Les portes du royaume de Satan sont bouclées à jamais.

Et Jésus a dit aussi que, du coup, j’avais en main les clefs, les clefs de son Royaume, les clefs qui permettent que les autres puissent entrer, comprendre à leur tour.

Des clefs qui permettent d’aider les autres à dire eux aussi que Jésus est le Fils du Dieu vivant. Et que par lui la Vie est ouverte, la Vie éternelle dans ce Royaume de Dieu qui commence déjà maintenant, dans ma vie, dans votre vie, et qui ne se finit pas.

Et à cause de ça, sur les peintures et les statues de tous les siècles, moi, Simon-Pierre, apôtre de Jésus-Christ, je suis toujours représenté avec une clef à la main, ou même tout un trousseau de clefs. Bon, c’est bien, comme ça, on me reconnaît facilement !

Mais tous ceux qui confessent que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, pour tous c’est comme s’ils recevaient les clefs.

Eux aussi, ils peuvent ouvrir la porte aux autres.

Et quand on peut faire ça, ouvrir la porte aux autres, leur montrer qui est Dieu pour nous, leur dire qui est Jésus dans notre vie, c’est alors l’Esprit de Dieu qui parle par nous.

Il y a des gens qui comprennent, d’autres qui s’intéressent, d’autres qui n’en veulent rien.

Il y en a alors, comme vous, comme bien d’autres dans tous les temps et les lieux, qui sont liés à Dieu, liés à Jésus, sur la terre, et les voilà liés au ciel, reliés au ciel.

Et d’autres qui ne veulent pas être liés à Dieu, ni sur la terre, ni au ciel…

Voilà que Jésus m’avait dit, nous avait dit des choses si grandes, si fortes. Nous nous sentions comme au sommet d’un roc, d’une montagne, forts et grands, nous les disciples de ce Maître qui se révélait être aussi le Fils de Dieu, le Christ de Dieu, l’élu, le Messie.

Et Jésus nous a dit : silence !

Silence ! Il ne faut pas clamer partout que je suis le Messie. Ce n’est pas le moment, les gens ne comprendraient pas, ils se feraient de fausses idées.

Et c’est là que Jésus a commencé à nous dire très clairement que le Messie, le Christ, ce n’était pas comme nous pensions. Qu’il n’allait pas être couronné roi sur la terre d’Israël dans quelques semaines, ni quelques mois, que nous ne serions pas les nouveaux ministres dans le palais d’Hérode, mais que lui, Jésus, il allait souffrir, et mourir.

Souffrir. Mourir. Bon, d’accord, ça arrive à tout le monde. Mais pas maintenant, pas à son âge, pas avec tout ce qu’il nous raconte et nous montre. Lui, il est spécial, et puisqu’il le Fils du Dieu vivant, le Christ…

Si, si, il a dit. Le Christ de Dieu, l’élu, va souffrir, mourir.

Alors là, c’était trop, bien plus que je ne pouvais en supporter, en comprendre. Je l’ai pris à part, je lui ai dit : tu ne peux pas dire des choses pareilles, tu nous démoralises, et ça ne se peut pas, tu as dit que oui, tu es le Fils de Dieu, oui, tu es le Christ. Alors Dieu est grand, Dieu est vraiment grand, alléluiah, et béni soit son nom, et on va le prier à genoux, lui dire merci et encore merci.

Mais ne dit pas des choses horribles qui font peur. Ne dit pas que tout va s’arrêter, que tout ça va être perdu !

Le regard de Jésus.

Il m’a glacé. D’un coup.

Il s’est retourné. Il m’a parlé et j’étais derrière lui.

Il a dit : reste derrière moi, Satan.

Moi, Simon-Pierre, moi que Jésus venait de dire heureux, me voilà Satan.

Et Jésus a dit encore : tu ne parles pas comme Dieu mais comme les hommes.

Ben oui, je suis juste un homme. Et c’est vrai que là, je n’avais pas senti les mots venir de loin, de plus loin, de plus haut que moi. J’avais juste réagi avec mes tripes…

Et du coup, mes paroles étaient devenues comme un piège pour Jésus : comme si c’est lui que je voulais enfermer avec mes clefs. L’enfermer dans ce que je voulais. Pour que lui, Jésus, il soit comme je voulais, un grand roi, tranquille sur son trône…

Plus tard, j’ai compris que c’est justement le contraire. C’est en acceptant de souffrir et de mourir que Jésus était un grand roi, le grand roi, le plus grand de tous les rois.

Et que c’est la fin de son explication qui était la clef la plus forte, la plus sûre : Jésus annonçait qu’il allait se réveiller de la mort.

Je ne pouvais pas comprendre, à ce moment-là. Jésus nous le disait, mais les mots ne pouvaient pas nous arriver vraiment. Impossible, impensable.

Mais maintenant, j’en suis témoin et je l’ai compris : Jésus est vraiment le Fils du Dieu vivant, il est plus fort que la mort, il nous ouvre les portes de la mort, il nous offre la vie pour toujours !

Et quand vous avez compris ça, pour de vrai, de tout votre être, quand vous le croyez, parce qu’en vous cela vient de loin, de plus loin, de Dieu lui-même qui met son Esprit en vous, quand vous le croyez, alors là, vous êtes vraiment des pierres, des roches, des rocs.

Et ensemble, pierre après pierre, roche après roche, roc après roc, vous bâtissez le Royaume, vous êtes l’Eglise, l’assemblée des enfants de Dieu.

3,18 Que l’amour et la connaissance de Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Sauveur, grandissent en vous. Rendons-lui gloire, dès maintenant et pour toujours ! Amen ! (2 Pierre 3,18). »

Sophie Mermod-Gilléron