Culte du 18 août 2019, Yverdon-Temple, textes et prédication

Un espace de liberté version imprimable

Genèse 2, un espace de liberté

Résumé : L’arbre de vie. Dieu crée pour l’être humain un espace de liberté où il a autorité et vie en plénitude. L’arbre de la connaissance du bien et du mal marque la limite de cet espace, la différence créature-Créateur et aussi la dépendance salutaire de l’être humain à Dieu.

Lectures : Genèse 2 (Le Semeur)

4 Telle est l’histoire de ce qui est issu du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés. Au temps où l’Eternel Dieu fit la terre et le ciel, 5 il n’existait encore sur la terre aucun arbuste, et aucune herbe des champs n’avait encore germé, car l’Eternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour cultiver la terre. 6 De l’eau se mit à sourdre et à irriguer toute la surface du sol.

7 L’Eternel Dieu façonna l’homme avec de la poussière du sol, il lui insuffla dans les narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant.

8 L’Eternel Dieu planta un jardin vers l’Orient : l’Eden, le Pays des délices. Il y plaça l’homme qu’il avait façonné.

9 L’Eternel Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres d’aspect agréable portant des fruits délicieux, et il mit l’arbre de la vie au milieu du jardin. Il y plaça aussi l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

10 Du pays d’Eden sortait un fleuve qui arrosait le jardin. De là, il se divisait en quatre bras. 11 Le nom de l’un était Pichôn : il contourne tout le pays de Havila au sol gorgé d’or, 12 un or d’excellente qualité. On trouve aussi dans cette contrée de l’ambre parfumée et la pierre précieuse appelée onyx. 13 Le deuxième fleuve s’appelait Guihôn, il parcourt toute l’Ethiopie. 14 Le troisième fleuve s’appelait le Tigre, c’est celui qui coule à l’orient de l’Assyrie. Et le quatrième fleuve c’est l’Euphrate.

15 L’Eternel Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder.

16 Et l’Eternel Dieu ordonna à l’homme : Mange librement des fruits de tous les arbres du jardin, 17 sauf du fruit de l’arbre du choix entre le bien et le mal. De celui-là, n’en mange pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.

18 L’Eternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je lui ferai une aide qui soit son vis-à-vis.

19 L’Eternel Dieu, qui avait façonné du sol tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, les fit venir vers l’homme pour voir comment il les nommerait, afin que tout être vivant porte le nom que l’homme lui donnerait. 20 L’homme donna donc un nom à tous les animaux domestiques, à tous les oiseaux du ciel et aux animaux sauvages. Mais il ne trouva pas d’aide qui soit son vis-à-vis.

21 Alors l’Eternel Dieu plongea l’homme dans un profond sommeil. Pendant que celui-ci dormait, il prit une de ses côtes et referma la chair à la place.

22 Puis l’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena à l’homme.

23 Alors l’homme s’écria : Voici bien cette fois celle qui est os de mes os, chair de ma chair. Elle sera appelée « femme » car elle a été prise de l’homme.

24 C’est pourquoi un homme se séparera de son père et de sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront plus qu’un.

25 L’homme et sa femme étaient tous deux nus sans en éprouver aucune honte.

 

Jean 3,5-7 (Français courant)

5 Jésus répondit à Nicodème : « Oui, je te le déclare, c’est la vérité : personne ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne naît pas d’eau et de l’Esprit.

6 Ce qui naît de parents humains est humain ; ce qui naît de l’Esprit de Dieu est esprit.

7 Ne sois pas étonné parce que je t’ai dit : “Il vous faut tous naître de nouveau.”

 

1 Corinthiens 3,21-23 (TOB)

21 Ainsi, que personne ne fonde sa fierté sur des hommes, car tout est à vous :

22 Paul, Apollos, ou Céphas, le monde, la vie ou la mort, le présent ou l’avenir, tout est à vous, 23 mais vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu.

Introduction

Quelle parole de ce récit de Genèse 2 retient votre attention ? Souvent, nous buttons sur la mention de cet « arbre de la connaissance du bien et du mal » qui semble être la cause de tous les problèmes de l’humanité, l’entrée du mal dans l’histoire… On est souvent tout prêt à accuser Dieu d’avoir provoqué « la chute », en plaçant dans sa création un objet de tentation…

Comment comprendre ce récit ?

On verra qu’on ne peut pas comprendre le sens de cet arbre, sans comprendre le contexte et en particulier, la valeur de l’autre arbre, « l’arbre de vie ».

Commentaire de Genèse 2

  1. Ce récit de la création respire la vie et l’abondance :
  • L’eau : Ce chapitre donne une grande place à l’eau : Description de l’irrigation de la terre (6), des 4 fleuves (10-14) > abondance d’eau > de vie,
  • L’Eden est un « jardin des délices » (8), les arbres (9) qui y poussent sont beaux et leurs fruits sont bons > plénitude, bonheur pour l’être humain.

Cette description nous fait penser aux promesses de la terre promise. Ainsi, on peut voir le don du jardin, pas juste comme un bel environnement pour l’être humain, mais comme le signe d’une alliance, d’une toute première alliance entre Dieu et l’être humain. De même, le don de Canaan, sert le signe d’une alliance renouvelée avec Israël.

  1. L’Eden n’est pas un jardin de paresse. C’est un jardin qui engage la responsabilité de l’Homme: « cultiver » = servir

Le Adam tiré de l’adama (>humus) ; il est appelé à travailler humblement la terre, en la respectant. On peut ainsi voir l’exploitation abusive de la terre comme une attitude arrogante, fruit de l’égoïsme. Théologiquement, c’est une conséquence de la « chute ».

  1. L’Homme doit aussi « Garder » la terre. Ce verbe apporte une autre nuance. Le rôle de conservation et de protection, et donc, il dit l’autorité de l’être humain sur la terre. En confiant la terre à la garde de l’Homme, en lui demandant de nommer les animaux, Dieu lui cède une part d’autorité, il lui fait confiance.

L’arbre de vie

L’arbre de vie est la permission/autorisation : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin. » (TOB) « De tout arbre du jardin tu mangeras ! » (Chouraqui) « Mange librement des fruits de tous les arbres du jardin » (Semeur).

Ces différentes traductions mettent en valeur la générosité et l’invitation pressante de Dieu à l’Homme de jouir de sa liberté de « consommateur » !

Ce mot d’ordre est la 1ère clause positive de l’alliance.

Les arbres du jardin représentent tous les biens de la terre. L’arbre de la vie en est comme le symbole, il dit le don central de Dieu. C’est un arbre autorisé, accessible. (Dans beaucoup d’autres religions, l’arbre de vie est inaccessible.)

Comment d’autres auteurs de la Bible ont-ils compris cet arbre de vie ?

Dans Proverbes 3,18, l’arbre de vie représente la Sagesse, qui est une manière de parler de Dieu lui-même :

« L’arbre de vie, c’est la sagesse pour ceux qui la saisissent, et bienheureux ceux qui la tiennent ! »

Dans Apocalypse 2,7, lettre à l’Eglise d’Ephèse, l’arbre de vie est présenté comme une récompense :

« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises. Au vainqueur, je donnerai à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. »

Dans Apocalypse 22,2 on comprend que cette récompense est la communion avec Dieu, source de vie intarissable et de guérison. Vous remarquerez que l’auteur, en mentionnant les fleuves, fait clairement référence au récit de la Genèse :

« Au milieu de la place de la cité (la nouvelle Jérusalem) et des deux bras du fleuve, est un arbre de vie produisant douze récoltes. Chaque mois il donne son fruit, et son feuillage sert à la guérison des nations. »

L’interdiction, le second arbre

La traduction la plus commune est : l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

La traduction Semeur dit : l’arbre du choix entre le bien et le mal

Et la TOB : l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais

La compréhension de cet arbre et sa traduction a provoqué beaucoup de débats.

On constate d’abord que cet arbre est aussi « au milieu » du jardin comme l’arbre de vie !?

Que signifie cette « Connaissance du bien et du mal »

La TOB traduit « bon-mauvais » et donne ainsi un accent utilitaire « utile-nuisible ».

Le couple « bien-mal » est plus proche du contexte moral du récit. L’être humain est appelé à l’obéissance, à un juste positionnement devant Dieu. On est bien dans cette catégorie du bien et du mal.

 

Les théologiens, au cours de l’histoire de l’Eglise, ont proposé différentes hypothèses :

1)     Cet arbre pouvait donner à l’homme qui était naïf comme un enfant, la capacité à discerner, à faire la différence entre le bien et le mal. Le texte nous montre que dès le début Dieu prend l’homme comme un adulte, lui donne des responsabilités et ne lui cache pas l’existence de cet arbre…

2)      La mention de la nudité d’Adam et Eve et de leur honte au chapitre 3 ont longtemps fait croire que l’arbre était une interdiction de la sexualité, hors de l’acte de procréation.

Rien dans ces premiers versets ne permet de soutenir cette interprétation.

3)     L’arbre de la connaissance serait l’accès à la toute science, au savoir suprême réservé à Dieu. C’est un sens possible qu’il ne faut pas exclure. Mais le sens du verbe « connaître » est très vaste en hébreu. Il ne se situe pas seulement au niveau du savoir, mais aussi au niveau relationnel. « connaître » c’est être en relation.

4)     Cet aspect est compris dans cette 4ème interprétation qui est retenue aujourd’hui majoritairement.

L’accès à l’arbre de la connaissance du bien et du mal donne une autonomie morale, capacité à décider seul.

Les conséquences de la désobéissance d’Adam et Eve sont différentes formes de séparations, de ruptures. L’homme qui était en relation intime et paisible avec Dieu, avec les autres, avec la création se voit plonger dans un grand « chaos relationnel ». Ainsi on devrait plutôt parle de « rupture d’alliance » que de « chute » pour dire la désobéissance.

Une manière de traduire librement serait donc :

 « l’arbre de la capacité à décider seul du bien et du mal. »

 

Toujours au sujet de cet arbre, remarquons avec Bonhöffer, que l’interdit de manger de cet arbre n’implique aucune tentation. L’arbre n’est pas mis en valeur. On ne peut pas accuser Dieu d’avoir exposé délibérément l’être humain. La tentation viendra plus tard avec le serpent.

Interprétation

Je pense qu’il faut considérer les deux arbres ensemble. Ils forment la 1ère et la seconde clause de l’alliance Dieu-Homme.

L’arbre de la vie ou de la permission/autorisation dit le don de Dieu, sa générosité, invitation à profiter de la vie, du monde, à vivre pleinement !

L’arbre de la CBM ou l’arbre de l’interdiction/limitation atteste à l’être humain sa limite de créature et sa dépendance à Dieu. Et cette limite est tout aussi positive, vitale que la permission. Parce que l’Homme ne peut pas vivre autrement que dans sa position d’être humain.

  1. Bonhöffer : « La limite est grâce, car elle fonde l’être humain. »

C’est dans sa zone, dans son espace de vie que l’être humain pourra vivre heureux et être « compétent » (= cultiver et garder).

Une image : ce temple est vaste et beau! Quand vous y entrez, vous pouvez aller vous asseoir où vous voulez ! Presque partout. Il y a 2-3 lieux où vous ne pouvez pas aller : la sacristie, la place de l’organiste, la chaire…

Vous ne pouvez allez à ces quelques places, pas parce que « c’est interdit », mais parce que vous n’y avez pas « autorité ». Cela signifie que vous n’avez pas reçu le mandat et les compétences pour gérer la sono, pour jouer de l’orgue, pour lire la Parole ou prêcher… Si j’allais prendre la place de Mme Mérillat à l’orgue, vous comprendriez vite que je ne suis pas à ma place ! Je ferais beaucoup de dégâts et je ne serais pas au service du culte et de l’assemblée…

Par contre je peux, comme vous, aller dans bien d’autres endroits de ce temple…

Conclusion christologique

Une autre image forte : « Vous êtes à Christ ! »

1 Co 3,22 « Tout est vous ! Et vous êtes à Christ ! »

Dans cette lettre de Paul aux Corinthiens, Paul critique l’orgueil des Corinthiens qui se vantent d’appartenir à certains groupes, à certains apôtres… Et Paul dit : mais qui sont les apôtres, si ce n’est des intendants, des serviteurs de Dieu dans l’Eglise, appelés à « cultiver et garder » l’Eglise ?!    

Quand Paul dit « Tout est vous ! », il semble dire : ne vous limitez pas à Paul, Appolos, Pierre, à un parti, à une pensée, … Vous avez tout. Vous êtes libres…

Mais il ajoute : « Et vous êtes à Christ ! ». Une manière de dire : n’oubliez pas, vous appartenez d’abord au Christ ! Vous êtes ses enfants. C’est là votre vraie appartenance, c’est là qu’est votre autorité d’enfant de Dieu, votre vie en plénitude.

Paul recadre fortement ces chrétiens. Il les remet en face des clauses de la nouvelle alliance.

Les deux arbres sont là dans ce mot d’ordre : « Tout est vous ! Et vous êtes à Christ ! »

Quand nous méconnaissons, oublions ou négligeons notre état « d’enfant de Dieu en Jésus-Christ », c’est là que nous sommes en rupture avec Dieu, c’est là que nous commençons à faire preuve de désobéissance, d’autonomie, que nous allons à nos risques dans un terrain miné, où nous ne sommes pas « autorisés », donc incompétents, c’est là que nous faisons bien des dégâts, parfois lourds de conséquences pour soi, pour les autres et pour la création…

Le jardin d’Eden et ses deux arbres peuvent être compris comme une image de notre relation à Dieu en J-C, un espace de vie extraordinaire où nous trouvons tout ce dont nous avons besoin pour notre vie et notre bonheur !

Notre appel de chrétien/enne, ce qui devrait être notre unique préoccupation quotidienne est de demeurer dans cet espace, dans cette présence du Christ, dans cette communion en Christ qui nous comble et nous permet de vivre en paix avec soi avec les autres et avec la création !

Amen

Olivier Bader