Monsieur le Conseiller fédéral, Monsieur le Syndic, Mesdames et Messieurs les représentants des autorités cantonales et communales, chers concitoyennes/ens.

Je souhaite m’exprimer au nom des communautés chrétiennes de cette ville. Je le ferai, cette année en référence à notre hymne national que nous chanterons dans un instant.

Je le confesse : comme de nombreux Suisses, je chante la première strophe de notre hymne à plein poumon le torse bombé et dès la seconde strophe, je plonge misérablement la tête dans le texte… Pourtant, je suis le premier à regretter que les joueurs de notre équipe nationale de foot ne soient pas tenus d’apprendre au moins la première strophe…

Comment se fait-il que notre hymne semble si difficile à chanter ?

Reconnaissons que la mélodie n’est pas commode, le vocabulaire est un peu vieillot…

Je vois aussi une autre explication. Ce chant, composé par des gens d’Eglise au milieu du 19ème siècle est truffé de références à Dieu. Ce n’est pas par hasard qu’on parle de « cantique » :

Quelques citations :

  • « Le coeur se sent plus heureux près de Dieu. »
  • « Dieu nous bénira du haut des cieux. »
  • « Notre coeur presse encore le Dieu fort. »

 

Je crois que de nombreux contemporains ne savent pas trop comment articuler ce vocabulaire. Cette référence au Dieu fort qui bénit ressemble à une patate chaude enrobée de fromage à raclette qui brûle le palais…

De manière plus générale, notre société ne sait que trop faire de ses racines chrétiennes. La laïcité s’impose comme une norme supposée offrir un espace de liberté et de démocratie. Et paradoxalement, à force d’interdictions, on cloisonne le religieux dans les sphères de la vie privée…

J’aimerais vous proposer une autre approche, une autre manière s’approprier notre bon vieux cantique patriotique.

Notre fête nationale est une belle occasion de nous réjouir de ce qu’est notre pays, de ses habitants, de ses autorités, de la qualité de vie qu’il offre, de son bon fonctionnement, de ses valeurs… Ce n’est pas tellement dans nos habitudes de faire les fiers ! Mais je crois que, au moins une fois dans l’année, nous pouvons nous congratuler les uns les autres, nous regarder dans les yeux, un verre à la main et nous dire : « Je suis fier/e d’être suisse/suissesse. »

Osons être fiers de nous ! … Mais attention à la manière !

Il y a deux façons d’être fiers. La première consiste à se regarder le nombril, à s’attribuer sans nuance tous les mérites, à fermer les yeux sur les dysfonctionnements, à affirmer qu’il n’y en a point comme nous, et finalement à critiquer les autres, perçus comme une menace. C’est de l’arrogance qui se traduit naturellement par une attitude égoïste et de repli.

Je n’aime pas cette fierté-là.

Il y a une autre fierté qui nous invite à la reconnaissance.

Dans son discours du 1er août 2000, Adolf Ogi associait précisément ces deux choses : « Aujourd’hui, nous pouvons être reconnaissants, fiers et confiants… »

Être reconnaissants, c’est se réjouir de ce qui est réussi, beau et bon, pour ensuite dire « merci » :

  • Merci à nos aïeux pour l’héritage qu’ils nous laissent,
  • merci à nos autorités qui s’engagent sans compter à tous les échelons de la vie politique,
  • merci à tous ceux qui œuvrent pour le maintien et le développement des biens publics, de manière rémunérée ou bénévole,
  • et finalement, merci à nous tous, citoyens qui payons nos impôts, qui votons et qui trions nos déchets…

Et puis, osons reconnaître que nous ne sommes pas seuls artisans de notre bonheur. Il y a tant de choses que nous avons simplement reçues : la vie, la santé, notre terre avec ses monts, ses lacs et ses vallées… Osons reconnaître ce Dieu évoqué par notre hymne national et lui dire Merci !

Ce mouvement de l’âme, s’il est sincère, nous ouvre à cette fierté pétrie de reconnaissance, une fierté qui respecte les autres : nos voisins, les étrangers et réfugiés et les plus démunis; une fierté qui nous appelle à la générosité, parce que le bonheur se partage.

En ce jour de fête, choisissons cette fierté reconnaissante qui nous tourne vers les autres et vers Dieu. Et osons le chanter ce cantique !, même s’il est très peu laïc et qu’il frise le fanatisme.

A propos de fanatisme… Vous les connaissez ces deux Vaudois qui contemplent le coucher du soleil derrière les Aiguilles de Baulmes ? L’un d’eux, après un long silence, dans un soupir dit à son ami : « Tu sais Jean-Jacques, quand je vois ce spectacle, je me demande si finalement, y aurait pas quelqu’un là-haut ? » Et Jean-Jacques de répondre en plissant les yeux : « Dis-donc, René, tu serais pas en train de devenir un peu fanatique ? »

Joyeux premier août à chacun et chacune !

Pasteur Olivier Bader

Message œcuménique du 1er août 2019 – version imprimable