Culte du 1er septembre 2019

Version imprimable La rupture, Genèse 3

La rupture de l’alliance, Genèse 3,1-13

Lectures : Genèse 3 (TOB)

1 Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le SEIGNEUR Dieu avait faites. Il dit à la femme : « Vraiment ! Dieu vous a dit : “Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin”… »

2 La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, 3 mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir.” »

4 Le serpent dit à la femme : « Non, vous ne mourrez pas, 5 mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »

6 La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea.

7 Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes.

8 Or ils entendirent la voix du SEIGNEUR Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour. L’homme et la femme se cachèrent devant le SEIGNEUR Dieu au milieu des arbres du jardin.

9 Le SEIGNEUR Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu ? »

10 Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur car j’étais nu, et je me suis caché. » –

11 « Qui t’a révélé, dit-il, que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais prescrit de ne pas manger ? »

12 L’homme répondit : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. »

13 Le SEIGNEUR Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée et j’ai mangé. »

 

Jean 15,9-11 (Colombe)

9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.

10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme j’ai gardé les commandements de mon Père et que je demeure dans son amour.

11 Je vous ai parlé ainsi, afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.

 

1 Corinthiens 11,1-4 (TOB)

1 Ah ! si vous pouviez supporter de moi un peu de folie ; eh bien oui ! Supportez-moi !

2 J’éprouve à votre égard autant de zèle que Dieu. Je vous ai fiancés à un époux unique, pour vous présenter au Christ, comme une vierge pure, 3 mais j’ai peur que – comme le serpent séduisit Eve par sa ruse – vos pensées ne se corrompent loin de la simplicité due au Christ.

4 En effet, si le premier venu vous prêche un autre Jésus que celui que nous avons prêché, ou bien si vous accueillez un esprit différent de celui que vous avez reçu ou un autre évangile que celui que vous avez accueilli – vous le supportez fort bien.

Introduction

Pourquoi le mal ? Une question sans réponse.

  • Pourquoi Dieu a-t-il placé cet arbre de la connaissance du bien ou du Mal ?
  • Pourquoi exposer l’homme à ce choix dangereux ? Le libre arbitre ?
  • D’où vient ce serpent ? S’il est créature de Dieu, pourquoi Dieu l’a-t-il créé ?

Le récit ne répond pas à cette question philosophie, métaphysique… Le récit de la Genèse s’adresse à nous à un niveau éthique. Il admet l’existence du mal et nous invite à nous positionner constamment pour résister au mal et à la tentation et pour rester fidèles à l’Alliance.

L’astuce du serpent ou le mécanisme de la tentation

  1. 1 Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le SEIGNEUR Dieu avait faites. Il dit à la femme : « … »

Le serpent surgit de nulle part. Il est une créature maline et maligne, un interlocuteur dangereux. Pourquoi ?

  • Il entame un dialogue vain, il attire l’attention d’Eve sur un « sujet sans intérêt » pour Adam et Eve. Tous les arbres du jardin et leurs fruits étaient offerts à eux à l’exception de celui-ci…

Illustration : On peut comparer le jardin à un ensemble composé de multiple points lumineux (les arbres). Le serpent oriente un éclairage puissant sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ainsi les autres points lumineux deviennent bien pâles…

  1. « Vraiment ! Dieu vous a dit : “Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin”… »

« … Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »

Par ces deux répliques, le serpent se présente très habile pour tordre les paroles de Dieu. Le serpent souligne la limitation, le manque.

Puis, il fait apparaître des bénéfices indus, Il met à la hauteur d’Adam et Eve un pouvoir réservé à Dieu…

  • « La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. »

Eve se met à voir ce qui lui a été suggéré. Des aspects qu’elle n’avait même pas imaginés, un besoin qu’elle n’avait même pas ressenti… C’est le processus de la séduction.

  1. Atténuation du risque, des conséquences :

« Non, vous ne mourrez pas, mais… »

Le serpent termine son œuvre en atténuant les risques : « Ce n’est pas si grave, bien au contraire… ». C’est une demi-vérité : Oui Adam et Eve ne mourront pas sur le champ, plus tard. Mais surtout, quelque chose de leur relation à Dieu privilégiée et intime va mourir. Le serpent le sait, c’est cela qu’il recherche.

  1. En fin de compte, le serpent laisse entendre que Dieu n’est pas bon, n’est pas aussi généreux qu’Il le prétend, qu’il se réserve la meilleure part, à la quelle Adam et Eve auraient tout à fait le droit !

Ainsi, le serpent altère l’image de Dieu dans la pensée d’Adam et Eve. Il sape leur confiance en Dieu. La rupture qui s’en suivra est bien une rupture de confiance et d’alliance ! C’est le but caché du serpent : faire douter de la bonté de Dieu, pour faire sortir A et E de l’alliance, de l’obéissance, de la loyauté… pour exercer sur eux sa domination.

On peut observer de nombreux parallèles avec le récit de la tentation du Christ.

Les conséquences de la rupture de l’alliance

Les conséquences de la désobéissance d’Adam et Eve sont immédiates. Nous ne voyons rien de ce qui a été promis par le serpent. Au lieu de la puissance et du pouvoir, la faiblesse et la misère !

  1. Quand Dieu cherche Adam, il lui demande « Où es-tu ? ». Il s’inquiète de la nouvelle position d’Adam et Eve : hors de l’alliance, en fuite, cachés. Dieu ne trouve plus en Adam et Eve de vis-à-vis. Et quand Dieu cherche à renouer le dialogue, quel dialogue !

Adam répond alors :

« J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur car j’étais nu, et je me suis caché. »

Adam reconnaît qu’il n’est plus en vis-à-vis avec Dieu dans la paix et la vérité. Au contraire, il reconnait sa honte, sa peur et sa fuite….

  1. La confession ne dure pas longtemps. Très vite Adam et Eve adoptent les réflexes de leur nouvelle nature : l’accusation réciproque, la justification et l’accusation de Dieu.

A la seconde question de Dieu, Adam répond :

« La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. »

Eve s’aligne sur l’attitude d’Adam :

« Le serpent m’a trompée et j’ai mangé. »

La suite du récit est déjà empreinte de la grâce. Malgré la rupture, malgré les conséquences implacables, Dieu va maintenir sa providence, sa protection… > sa grâce !

Et nous aujourd’hui ?

Très honnêtement, qui d’entre nous se reconnait parfois en Adam et Eve à ce moment où le serpent vient suggérer que Dieu n’est pas si bon qu’il ne le prétend, qu’il faut abandonner cette foi naïve, qu’il y a un salut ailleurs et meilleur ?

Qui d’entre nous a déjà connu cette position d’Adam et Eve en rupture avec Dieu, au moment où Dieu demande à A « Où es-tu ? » : avec des sentiments de honte, de peur, l’envie de fuir ?

(…)

Ce récit est là pour décrire l’état dans lequel nous nous trouvons, nous les Adam et Eve du 21ème siècle !

Une Bonne Nouvelle en Jésus-Christ !

Malgré la rupture de confiance, l’offre d’alliance, de relation, d’amitié avec Dieu nous est constamment adressée par Dieu lui-même ! Nous sommes comme Adam et Eve invités à goûter et à nous réjouir de toutes les bontés de Dieu, à saisir ce qu’Il nous offre de meilleur : sa confiance, sa protection, son amour, sa paix, sa joie, sa consolation, sa sagesse son encouragement, sa guérison morale et physique, son pardon… Tous ces dons sont les fruits des arbres d’un jardin réel dans lequel chaque être humain est invité à entrer et à vivre !

Cela est rendu possible par Jésus-Christ qui est venu nous réconcilier avec notre créateur. Il est venu non pas réparer une alliance perdue ou la rétablir. C’est une alliance nouvelle que Jésus-Christ nous offre aujourd’hui, par le don de sa vie.

Un choix !

Entrer dans cette alliance, répondre à cette invitation est un choix à faire. Comme Adam et Eve dans le jardin, nous avons à choisir la fidélité et l’obéissance ! Nous ne naissons pas chrétien et vaccinés contre la tentation !

L’Evangile ne cesse de nous parler en ce sens :

A Nicodème : « Il te faut naître de nouveau… personne ne peut entrer dans le Royaume de Dieu, s’il ne naît pas d’eau et d’Esprit. »

Il y a l’image de l’eau de vie, du pain de vie, de la porte des brebis:

« …Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. »

C’est encore cet appel que Jésus adresse à ses disciples dans le texte de Jean lu aujourd’hui :

« Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, … »

Nous sommes appelés à nous déterminer, une fois pour toute et à renouveler notre détermination d’entrer dans cette alliance de salut et d’y rester ! Avons-nous chacun fait ce choix librement et résolument ?

(…)

Résister pour demeurer ! Demeurer pour résister !

Une question importante : Comment demeurer dans l’alliance, dans « ce jardin de la bonté de Dieu » ? Comment ne pas céder à la tentation, au doute qui fait vaciller notre confiance en la bonté pleine et suffisante de Dieu ?

  • La Vigilance

Nous devons prêter attention aux « signaux de la tentation » ; être attentifs à ces pensées, suggestions, opinions, événements… qui nous amène à douter de la bonté de Dieu.

Ce sont, comme nous l’avons vu dans le dialogue entre le serpent et Eve, des pensées tournées vers « ce qui nous manque » et vers ce que nous pourrions encore avoir en dehors de ce que Dieu nous offre.

Ce sont des pensées qui nous amènent à chercher « un autre Jésus », « un autre esprit », « un autre Evangile » selon les propos de Paul aux Corinthiens. Paul redoute que les Corinthiens se détournent de la foi et de l’enseignement qu’il a apporté lors de ses deux premiers passages.

Nous devons aussi être attentifs aux « signaux de la justification et de l’accusation ». Quand nous commençons à nous plaindre, à nous chercher des excuses, à accuser les autres et Dieu, c’est qu’il y a un mécanisme pas très sain qui se met en place. Nous devons tout de suite dire stop ! Nous remettre en question et considérer notre propre responsabilité. Entendre la voix de Dieu qui nous dit : « Où es-tu ? »

Il n’est jamais trop tard pour reconnaître, comme Adam, que nous sommes en tort. Nos attitudes de honte, de peur et de fuite sont une chance pour revenir à Dieu et saisir le pardon de Dieu.

  • Résister pour demeurer !

 

  • Demeurer dans la reconnaissance

Une autre manière de rester dans l’alliance, dans ce jardin aux multiples arbres et fruits, c’est d’y travailler en respectant ses limites et dans la reconnaissance de ses bienfaits !

Jouir de la bonté de Dieu et s’en réjouir ! Cultiver la reconnaissance envers Dieu, dans la prière, dans la louange, dans l’attitude de nos cœurs, c’est grandir dans la joie, la paix et la confiance. C’est consolider la fidélité, la loyauté, le lien !

Quand nous sommes conscients d’être comblés par Dieu et que nous le lui disons, nous sommes moins tentés de « chercher ailleurs » !

  • Demeurer pour résister !

Conclusion :

  • Choisir
  • Être vigilants aux signaux de la tentation et de la rupture
  • Demeurer dans la reconnaissance

 Amen

Olivier Bader